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Oeuvres de P. et TH. Corneille / précédées de la vie de P. Corneille par Fontenelle et des discours sur la poésie dramatique
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HODOGUNE, ACTE IV, SCÈNE VI.

Du moins souvenez-vous qu’elle n’a pris pourarniesQue de faibles soupirs et d'impuissantes larmes.cléopatbe.

Ali! que n’a-t-elle pris et la flamme et le fer!Que bien plus aisément j’en saurais triompher!Vos larmes dans mon cœur ont trop d'intelligence ;Elles ont presque éteint celte ardeur de vengeance !.le ne puis refuser des soupirs à vos pleurs;

Je sens que je suis mère auprès de vos douleurs.C’en est fait, je me rends, et ma colère expire.Kodogune est à vous aussi bien que l’empire;Rendez grâces aux dieux qui vous ont fait l’aîné :Possédez-la, régnez.

ANTIOCIIUS.

O moment fortuné !

O trop heureuse fin de l’excès de ma peine !

Je rends grâces aux dieux qui calment votre haine.Madame, est-il possible ?

CLÉOPATBE.

En vain j’ai résisté,

Ea nature est trop forte, et mou cœur s’est dompté.Je ue vous dis plus rien, vous aimez votre mère,Et votre amour pour moi taira ce qu’il faut taire.

ANTIOC U US.

Quoi! je donc sur le point de périr !

La main qui me blessait a daigné me guérir !

CLÉOPATBE.

Oui, je veux couronner une flamme si belle.

Allez à la princesse en porter la nouvelle ;

Son cœur comme le vôtre en deviendra charmé :Vous n’aimeriez pas tant si vous n’étiez aimé.ANTIOCHUS.

Heureux Antiochus! heureuse Kodogune!

Oui, madame, entre nous la joie en est commune.

CLÉOPATBE.

Allez donc; ce qu'ici vous perdez de momentsSont autant de larcins à vos contentements ;

Et ce soir, destiné pour la cérémonie,

Fera voir pleinement si ma haine est finie.

AXTIOCHUS.

Et nous vous ferons voir tous nos désirs bornésA vous donner en nous des sujets couronnés.

SCÈNE IV.

CLÉOPÂTRE, L AON ICE.

I.AOMCE.

Enfin ce grand courage a vaincu sa colère.

CLÉOPATBE.

Que ne peut point un fils sur le cœur d’une mère !

LAON1CE.

Vos pleurs coulent encore, et ce cœur adouci...

CLÉOPATBE.

Envoyez-moi son frère, et nous laissez ici.

Sa douleur sera grande, à ce que je présume;

Mais j’en saurai sur l’heure adoucir l'amertume-Ne lui témoignez rien : il lui sera plus douxD’apprendre tout de moi, qu’il ne serait de vous-

SCÈNE V.

CLÉOPÂTRE.

Que tu pénètres mal le fond de mon courage !

Si je verse des pleurs, ce sont des pleurs de rage ;Et ma haine, qu’en vain tu crois s’évanouir,

Ne les a fait couler qu’alin de t’éblouir.

Je ne veux plus que moi dedans ma confidence.

Et toi, crédule amant, que charme l’apparence,

Et dont l’esprit léger s’attache avidementAux attraits captieux de mon déguisement,

Va, triomphe en idée avec ta Kodogune,

Au sort des immortels préfère ta fortune,

Tandis que, mieux instruite en l’art de me veng eV ’En de nouveaux malheursjesauraiteplonger. [ch e 'Ce n’est pas tout d’un coup que tant d’orgueil tréb»'De qui se re doit craindre une emhù c l' e ’

Et c’est mal démêler le cœur d’avec le front,

Que prendre poursincèreuuchangements! proii'P 1 'L’effet te fera voir comme je suis changée.

SCENE VI.

CLÉOPÂTRE, SÉLEUCUS.

CLEOPATBE.

Savez-vous, Séleuctis, que je me suis vengée?

SÉLEUCIIS.

Pauvre princesse, hélas !

CLÉOPATBE.

Vous déplorez son sort.

Quoi ! i’aimiez-vous?

SÉLEUCIIS.

Assez pour regretter sa m°'

CLÉOPATBE.

Vous lui pouvez servir encor d’amant fidèle;

Si j’ai su me venger, ce n’a pas été d’elle.

SÉLEUCUS.

O ciel ! et de qui donc, madame?

CLÉOPATBE.

C’est de vous,

Ingrat, qui n’aspirez qu’à vous voir son époux,De vous, qui l’adorez en dépit d’une mère ;

De vous, qui dédaignez de servir ma colère;

De vous, de qui l’amour, rebelle à mes désirs,S’oppose à ma vengeance, et détruit mes plaisirs-

SÉLEUCUS.

De moi ?

CLEOPATBE.

De toi, perfide ! Ignore, dissimule