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Oeuvres de P. et TH. Corneille / précédées de la vie de P. Corneille par Fontenelle et des discours sur la poésie dramatique
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ITIÎR ACLIU S.

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|'p de l’impératrice Constantine, et comme j’aiai t rég tler ce tyran vingt ans an lieu de huit, jeJ* ai fait mourir cette princesse que dans la quin-^'enie année de sa tyrannie, quoi qu’il l’eût sacri-lpe à sa sûreté avec ses filles dès la cinquième. Jen 'e mettrai pas en peine de justifier cette licence

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,l ai prise ; l’événement l’a assez justifiée, et les' e 'iiples des anciens que j’ai rapportés sur Ilodo-jtihe semblent l’autoriser suffisamment: mais, àl'arler sans fard , je ne voudrais pas conseiller àl^'sonne de la tirer en exemple. C’est beaucoupasarder, et l’on n’est pas toujours heureux; et,un dessein de cette nature, ce. qu’un bon suc-<Ps fait passer pour une ingénieuse hardiesse, unMauvais le fait prendre pour une témérité ridicule.

Haronius, parlant de la mort de l’empereur Mau-lce ' et de celle de ses fils, que Phocas faisait im-'••oler à sa vu6j rapporte une circonstance très-rare,0,lt j’ai pris l’occasion de former le nœud de cettei' a Sédie, à qui elle sert de fondement. Celte nour-ri( ‘e eut. tant de zèle pour ce malheureux prince,'lu elle exposa son propre fils au supplice, au lieu. 1111 des siens qu’on lui avait donné à nourrir.l 'auriee reconnut l’échange, et l’empêcha par une

tout,

lération pieuse que cette extermination de

e sa famille était un juste jugement de Dieu ,’ l( |uel il n’eût pas cru satisfaire, s’il eût souffert'I ,le le sang d’un autre eût payé pour celui d’un deSes fils. ]\j a j s quant à ce qui était de la mère, elle!l ' a it surmonté l’affection maternelle en faveur deS ° n Prince, et l’on peut dire que son enfant étaitltlr,r t pour son regard. Comme j’ai cru que cette|* ( 'ion était assez généreuse pour mériter uneper-•tne p] us illustre à la produire, j’ai fait de cette

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Dce une gouvernante. J'ai supposé que l’é-

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n ge avait eu son effet; et de cet enfant sauvé

j — supposition d’un autre, j’en ai fait lléraelius,SUc cesseur de Phocas. Bien plus, j’ai feint que^tte Léontine, ne croyant pas pouvoir cacher^J'afeinps cet enfant que Maurice avait commis àfâi ’ vu f" recherche exacte que Phocas en

sait faire, et se voyant même déjà soupcon-j e e t prête à être découverte, se voulut mettre,"f les bonnes grâces de ce tyran, en lui allantj ll1 ’ ce petit prince dont il était en peine, au lieu.. I" e l elle lui livra son propre fils I.éonce. J’aiajouté que par cette action Phocas fut tellement/j'Saé, qu’il crut ne pouvoir remettre son fils Mar-311 aux mains d’une personne qui lui fût plusac-I * Se , d’autant que ce qu’elle venait de faire l’avaitj. à ce qu’il croyait, dans une haine irréconci-C J ‘ e avec les amis de Maurice, qu’il avait seulsj| Cl ' a mdre. Cette faveur où je la mets auprès de luijj 0n ""lieucà un second échange d’Héraclius, qu’ellea Urr *ssait comme son fils sous le nom de Léonce,faj e ° ^ art ' an i q l| e Phocas lui avait confié. Je luir;i| S Prendre l’occasion de l’éloignement de ce ty-(. 0 '’ ( l' le j’arrête trois ans, sans revenir, à la guerreutre les Perses ; et à son retour, je fais qu’elle lui

donne lléraelius pour son fils, qui est dorénavantélevé auprès de lui sous le nom de Martian, cepen-dant qu’elle retient le vrai Martian auprès d’elle,et le nourrit sous le nom de sonLéonce, qu'elle avaitexposé pour l’autre. Comme ces deux princes sontgrands, et que Phocas, abusé par cedernier échange,presse Héraelius d’épouser Pulchérie, lille de Mau-rice, qu’il avait réservée exprès seule de toute safamille, afin qu’elle portât par ce mariage le droitet les titres de l'empire dans sa maison, I.éontine,pour empêcher cette alliance incestueuse du frèreet de la sœur, avertit Héraelius de sa naissance. Jeserais trop long si je voulais ici toucher le reste desincidents d’un poème si embarrassé, et me conten-te, ai de vous avoir donné ces lumières, afin que vousen puissiez commencer la lecture avec moins d’ob-scurité. Vous vous souviendrez seulement qu’Uéra-clius passe pour Martian, fils de Phocas, et Mai -tian pour Léonce, fils de Léontine, et qu’lléradiu.;sait qui il est, et qui est ce faux I.éonee; mais qvele vrai Martian, Phocas, ni Pulchérie, n’en saventrien, non plus que le reste des acteurs, hormisLéontine et sa fille Eudoxe.

On m’a fait quelque scrupule de ce qu’il n'estpas vraisemblable qu'une mère expose son fils à lamort pour en préserver un autre; à quoi j'ai deuxréponses à faire: la première, que notre uniquedocteur Aristote nous permet de mettre quelque-fois des choses qui même soient contre la raison etl’apparence , pourvu que ce soit hors de l’action ,ou, pour me servir des termes latins de ses intei-prètes, extra fabula»), comme est ici cette suppo-sition d’enfant, et nous donne pour exemple OEdipe,qui, ayant tué un roi de Thèbes, l'ignore encorevingt ans après; l’autre, que l’action étant vraiedu côté de la mère, comme j’ai remarqué tantôt,il ne faut plus s’informer si elle est vraisemblable,étant certain que toutes les vérités sont recevablesdans la poésie, quoiqu’elle ne soit pas obligée à lessuivre. I.a liberté qu’elle a de s’en écarter n’est pasune nécessité, et la vraisemblance n’est qu'une con-dition nécessaire à la disposition , et non pas auchoix du sujet, ni des incidents qui sont appuyésde l’histoire. Tout ce qui entre dans le pcëme doitêtre croyable; et il l’est, selon Aristote, par l'unde ces trois moyens, la vérité, la vraisemblance,ou l’opinion commune. J’irai plus outre; et, quoi-que peut-être on voudra prendre cette propositionpour un paradoxe, je ne craindrai point d’avancerque le sujet d’une belle tragédie doit être vraisem-blable. J.a preuve en est aisée par le même Aris-tote, qui ne veut pas qu’on en compose une d unennemi qui tue son ennemi, parce que, bien quecela soit vraisemblable, il n’excite dans Lame desspectateurs ni pitié ni crainte, qui sont les deuxpassions de la tragédie; mais il nous renvoie lachoisir dans les événements extraordinaires qui sepassent entre personnes proches, comme " ?rcqui tue son fils, une femme son mari, un frère sa