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Oeuvres de P. et TH. Corneille / précédées de la vie de P. Corneille par Fontenelle et des discours sur la poésie dramatique
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Et

DON SANCHE D’ARAGON, ACTE V, SCÈNE V.

n’est...

B. ISABELLE.

Quoi ?

BLANCHE.

Qu’un pêcheur.

D. ISABELLE.

Qui te l’a dit?

BLANCHE.

Les vérités qu’il dit cèdent au stratagème :

Et, dans le déshonneur qui l’accable aujourd'hui,Ses plus grands envieux l’en sauvent malgré lui.11 tempête, il menace, et, bouillant de colère,

Il crie à pleine voix qu’on lui rende son père :

On tremble devant lui, sans croire son courroux ;Et rien. ..Mais le voici qui vient s’en plaindre à vous.

Mes yeux.

D. ISABELLE.

^ es yeux !

BLANCHE.

Mes propres yeux.

I). ISABELLE.

Que j’ai peine à les croire!

I). LIÎOXOR.

°ud riez-vous, madame, en apprendre l'histoire ?

H. ELVIRE.

^ lle le ciel est injuste!

D. ISABELLE.

p II l’est, et nous fait voir,

av cet injuste effet, son absolu pouvoir,p du sang le plus vil tire une Ame si belle,p f° r me une vertu qui n’a lustre que d’elle.ar le, Blanche, et dis-nous comme il voit ce mal-. blanche. [heur.

() Vec beaucoup de honte, et plus encor de cœur.u 'Laut de l’escalier je le voyais descendre;

V,

V; >in de ce faux bruit il se voulait défendre ;0 h’e cour, obstinée à lui changer de nom,^nuirait tout autour : « Don Sanche d’Aragon ! »

V,

Mi

Qua

L

‘Hui un chétif vieillard le saisit et l’embrasse.

jj ü| c iui le reconnaît frémit de sa disgrâce;j, ais i laissant la nature à ses pleins mouvements,avec tendresse à ses embrassements.q" Tueurs mêlent aux siens une fierté sincère; [père!„O n en *6nd que soupirs : « Ab, mon fils ! ah, mon( ^ Jour trois fois heureux! moment trop attendu !^ m as rendu la vie ! » et, «Vous m’avez perdu ! »l0Se étrange! à ces cris de douleur et de joie,I| 5'’ i,n d peuple accouru neveutpas qu’onlescroie;l'n J' eUgle Sül " in(!|l| e : et ce pauvre pêcheur,

I). de Carlos, passe pour imposteur.

(;> s * es liras de ce fils on lui fait mille hontes:Eux Ul '^ ()ui 'be,un méchant suborné par les comtes.S’ e jf lllenies (admirez leur générosité)d’affermir cette incrédulité :prennent sur eux de si biches pratiques ;Qui I,S 611 tont auteur un de leurs domestiques,l ||s t’ l lei| sant bien leur plaire, a si mal à proposAvee »>t Ce malheureux pour affronter Carlos.

C| la avid ité cette histoire est reçue;

Et Un * a Gent trop vraie aussitôt qu’elle est sue ;Ee s ' U 1>lus de croyance à cette trahison,Euiv inesfoin traîner ce bon homme en prison.

s le *id témoignage en vain contre soi-même;

SCÈNE V.

1). ISABELLE, D. LÉONOR, D. ELVIRE,BLANCHE, CARLOS, D. MANRIQUE,D. LOPE.

CARLOS.

Eh bien ! madame, enfin on connaît ma naissance ;Voilà le digne fruit de mon obéissance.

J’ai prévu ce malheur, et l’aurais évitéSi vos commandements ne m’eussent arrêté.

Ils m’ont livré, madame, à ce moment funeste;

Et l’on m’arrache encor le seul bien qui me reste !On me vole mon pète ! on le fait criminel !

On attache à son nom un opprobre éternel !

.Te suis fils d’un pêcheur, mais non pasd’un infà-La bassesse du sang ne va point jusqu’à l’Ame, [n.e ;Et je renonce aux noms de comte et de marquisAvec bien plusd’honneurqu’aux sentimentsde fils :Rien n’en peut effacer le sacré caractère.

De grâce, commandez qu’on me rende mon pèreCe doit leur être assez de savoir qui je suis,

Sans m’accabler encor par de nouveaux ennuis,n. MANRIQUE.

Forcez ce grand courage à conserver sa gloire,Madame, et l’empêchez lui-même de se croire.Nous n’avons pu souffrir qu’un bras qui tant de foisA fait trembler le Maure, et triompher nos rois,Reçût de sa naissance une tache éternelle;

Tant de valeur mérite une source plus belle.

Aidez ainsi que nous ce peuple à s’abuser ;

Il aime son erreur, daignez l’autoriser :

A tant de beaux exploits rendez cette justice,

Et de notre pitié soutenez l’artifice.

CARLOS.

Je suis bien malheureux si je vous fais pitié;Reprenez votre orgueil et votre inimitié.

Après que ma fortune a soûlé votre envie,

Vous plaignez aisément mon entrée à la vie;

Et me cro; ant par elle à jamais abattu,

Vous exercez sans peine une haute vertu.

Peut-être elle ne fait qu’une embûche à la mienr.e :La gloire de mon nom vaut bien qu'on la retienne;Mais son plus bel éclat serait trop acheté,

Si je le retenais par une lâcheté. [che :

Si ma naissance est basse, elle est du moins sans ta-Puisqne vous la savez, je veux bien qu’on la sache.Sanche, fils d’un pêcheur et non d’un imposteur,