i)ON S AN (Ml K l)’A K A G ON, ACTE V, SCÈNE VI.
De deux rouîtes jadis lut le libérateur ;
Sanclie, (ils d’un pêcheur, mettait naguère en peineDeux illustres rivaux sur le choix de leur reine ;Sanclie, fils d’un pêcheur, tient encor en sa mainDe quoi faire bientôt tout l’heur d’un souverain;Sanclie enfin, malgré lui, dedans cette province,Quoique fils d’un pêcheur, a passé pour un prince.
Voilà ce qu’a pu faire, et qu’a fait à vos yeuxTJn cœur que ravalait le nom de ses aïeux.
La gloire qui m’en reste après cette disgrâceÉclate encor assez pour honorer ma race,
Et paraîtra plus grande à qui comprendra bienQu’à l’exemple du ciel j’ai fait beaucoup de rien.
n. LOUE.
Cette noble fierté désavoue un tel père,
Et, par un témoignage à soi-même contraire,Obscurcit de nouveau ce qu’on voit éclairci.
Non, le fils d’un pêcheur ne parle point ainsi,
Kt son ilme paraît si dignement formée,
Que j’en crois plus que lui l’erreur que j’ai semée.Je le soutiens, Carlos, vous n’êtes point son fils :La justice du ciel ne peut l’avoir permis;
Les tendresses du sang vous font une impo-ture,Et je déments pour vous la voix de la nature.
Ne vous repentez point de tant de dignitésDont il vous plut orner ses rares qualités :
Jamais plus digne main ne fit plus digne ouvrage,Madame; il les relève avec ce grand courage;
Et vous ne leur pouviez trouver plus haut appui,Puisque même le sort est au-dessous de lui.
Il ISABELLE.
La générosité qu’en tous les trois j’admireMe met en un état de n’avoir que leur dire,
Et dans la nouveauté de ces événements,
Par un illustre effort prévient mes sentiments.
Ils paraîtront en vain, comtes, s’ils vous excitentA lui rendre l’honneur que ses hauts faits méritent,Et ne dédaigner pas l'illustre et rare objetD’une haute valeur qui part d’un sang abject :Vous courez au-devant avec tant de franchise,Qu’autant que du pécheur je m’en trouve surprise.
Et vous, que par mon ordre ici j’ai retenu,Sanclie, puisqu’à ce nom vous êtes reconnu,Miraculeux héros, dont la gloire refuseL’avantageuse erreur d’un peuple qui s’abuse,Parmi les déplaisirs que vous en recevez,
Puis-je vous consoler d’un sort que vous bravez ?Puis-je vous demander ce que je vous vois faire?Je vous tiens malheureux d’être né d’un tel père;Mais je vous tiens ensemble heureux au dernier pointD’être né d’un tel père, et de n en rougir point,
Et de ce qu’un grand cœur, mis dans l’autre balance,Emporte encor si haut une telle naissance.
SCÈNE VI.
D. ISABELLE , D. LÉONOlt, D. ETATRE ,CARLOS, D. MANRIQUE, D. LOPE,D. ALVAR , BLANCHE , un garde.
d. ai.vau.
Princesses, admirez l’orgueil d’un prisonnier,Qu’en faveur de son lils on veut calomnier.
Ce malheureux pêcheur, par promesse ni craii' tf ’Ne saurait se résoudre à souffrir une feinte.
J’ai voulu lui parler et n’en fais que sortir;
J’ai tâché, mais en vain, de lui faire sentirCombien mal à propos sa présence importuneD’un fils si généreux renverse la fortune,
Et qu’il le perd d’honneur, à moins que d’avo' lPlQue c’est un lâche tour qu'on le force à joue'';J’ai même à ces raisons ajouté la menace :
Rien ne peut l’ébranler, Sanclie est toujours sa ra<-' e ’Et quant à ce qu’il perd de fortune et d’lioim? lit ’Il dit qu’il a de quoi le faire grand seigneur,
Et que plus de cent fois il a su de sa femme(Voyez qu’il est créduléetsimpleau fond de l’àm e jQue voyant ce présent, qu’en mes mains il aLa reine d’Aragon agrandirait son fils.
(à I). Léonor.)
Si vous le recevez avec autant de joie,
Madame, que par moi ce vieillard vous l’envo |p >Vous donnerez sans doute à cet illustre filsUn rang encor plus liant que celui de marqi |lS 'Ce bon homme en paraît l’âme toute comblée-^( I). Alvar prison te à I). Léonor un petit écriti ssans cicf, au moyen d’un ressort secret. )
J). ISABELLE.
Madame, à cet aspect vous paraissez trouble? ■
I). LÉONOlt.
J’ai bien sujet de l’être en recevant ce don,Madame, j’en saurai si mon fils vit, ou non;
Et c’est où le feu roi, déguisant sa naissance,D’un sort si précieux mit la reconnaissance.
Disons ce qu’il enferme avant que de l’ouvrit*
Ali! Sanclie, si par là je puis le découvrir,
Vous pouvez être sur d'un entier avantageDans les lieux dont le ciel a fait notre partagéEt qu’a près ce trésor que vous m'aurez rendu
Vous recevrez le prix qui vous en ser;
i du-
Mais à ce doux transport c'est déjà trop pei'i»?* 'Trouvons notre bonheur avant que d’en promet 1Ce présent doue enferme un tissu de cheveu*^Que reçut don Fernand pour arrhes de mes 't* 1 ^Son portrait et le mien, deux pierres les |'l' lS ,r "Que forme le soleil sous les climats barbares,
Et, pour un témoignage encore plus certain,
Un billet que lui-même écrivit de sa mai»-
UN OA 11 DE. .
Madame, don Raimond vous demande aud ,p11