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NICUMÈDE, ACTE 111, SCENE 11
Mais il coiut à sa perte, et vous traîne avec lui.
Pensez-y bien, madame, et faites-vous justice,Choisissez d’être reine, ou d’être Laodice;
Et, pour dernier avis que vous aurez de moi,
Si vous voulez régner, faites Attale roi.
Adieu.
SCÈNE 11.
FLAMINIUS, LAOD1CK.
FLAMINIUS.
Madame, enfin une vertu parfaite...
LAODICE.
Suivez le roi, seigneur, votre ambassade est faite;Et je vous dis encor, pour ne vous point flatter,Qu’iei je ne la dois ni la veux écouter.
FLAMINIUS.
Et je vous parle aussi, dans ce péril extrême,
Moins en ambassadeur qu’enhommequi vous aime,Et qui, touché du sort que vous vous préparez,Tâche à rompre le cours des maux où vous courez.
J’ose donc comme ami vous dire en confidenceQu’une vertu parfaite a besoin de prudence,
Et doit considérer, pour sou propre intérêt,
Et les temps où l’on vit, et les lieux où l’on est.
La grandeur de courage en une âme royaleN’est sans cette vertu qu’une vertu brutale,Queson mérite aveugle, et qu’un faux jour d’honneurJette en un tel divorce avec le vrai bonheur,Qu’elle-même se livre à ce qu’elle doit craindre,
Ne se fait admirer que pour se faire plaindre,
Que pour nous pouvoir dire, après un grand soupir,
« J’avais droit de régner, et n’ai su m'en servir. »Vous irritez un roi dont vous voyez l’arméeNombreuse, obéissante, à vaincre accoutumée ;Vous êtes en ses mains, vous vivez dans sa cour.
LAODICE.
Je ne sais si l’honneur eut jamais un faux jour,Seigneur; maisje veux bien vous répondre en amie.
Ma prudence n’est pas tout à fait endormie;
Et, sans examiner par quel destin jalouxJ.a grandeur de courage est si mal avec vous,
Je veux vous faire voir que celle que j’étaleN’est pas tant qu’il vous semble une vertu brutale ;Que, si j’ai droit au trône, elle s’en veut servir,
Et sait bien repousser qui me le veut ravir.
Je vois sur la frontière une puissante armée,Comme vous l'avez dit, à vaincre accoutumée;Mais par quelle conduite, et sous quel général?
Le roi, s’il s’en fait fort, pourrait s’en trouver mal,Et, s’il voulait, passer de son pays au nôtre,
Je lui conseillerais de s’assurer d'une autre.
Niais je vis dans sa cour, je suis dans ses états,
Et j’ai peu de raison de ne le craindre pas.Seigneur, dans sa cour même et hors de l’Arménie,
La vertu trouve appui contre la tyrannie.
Tout son peuple a des yeux pour voir quel attenta 1Font sur le bien public les maximes d’état :
Il connaît Nicomède, il connaît sa marâtre,
Il en sait, il en voit la haine opiniâtre;
Il voit la servitude où le roi s’est soumis,
Et connaît d’autant mieux 1rs dangereux amis-Four moi,que vous croyez au bordduprécip lce ’Bien loin de mépriser Attale par caprice,
J’évite les mépris qu’il recevrait de moiS’il tenait de ma main la qualité de roi.
Je le regarderais comme une âme commune,Comme un homme mieux né pour une autre fortunéPlus mon sujet qu’époux, et le nœud conjugalNe le tirerait pas de ce rang inégal.
Mon peuple à mon exemple en ferait peu d’estim e -Ce serait trop, seigneur, pour uucoeur magnanb lie 'Mon refus lui fait grâce, et, malgré ses désirs,J’épargne à sa vertu d’éternels déplaisirs.
FLAMINIUS.
Si vous me dites vrai, vous êtes ici reine :
Sur l’armée et la cour je vous vois souverain e >T.e roi n’est qu’une idée, et n’a de son pouvoirQue ce que par pitié vous lui laissez avoir.
Quoi ! même vous allez jusques à faire grâce !Après cela, madame, excusez mon audace;Souffrez que Rome enfin vous parle par ma' 01 'Recevoir ambassade est encor de vos droits;
Ou, si ce nom vous choque ailleurs qu’en Aro ,eComme simple Romain souffrez que je vous <l' eQu’être allié de Rome, et s’en faire un appu J >C’est l’unique moyen de régner aujourd’hui; ^Quec’est par là qu’on tient ses voisins en contraSes peuples en repos, ses ennemis en crain te ’ .Qu’un prince est dans son trône à jamais anQuand il est honoré du nom de son ami :Qu’Attale avec ce titre est plus roi, plus uioU aQue tous ceux dont le front ose en porter la niaEt qu’enlin...
LAODICE.
Il suffit ; je vois bien ce que ceSt . 0(lSfous les rois ne sont rois qu’autant comme H 'Maissi de leurs états Romeàsougrédispose, [P aCertes pour son Attale elle fait peu de chose;
Et qui tient en sa main tant de quoi lui don*' eA mendier pour lui devrait moins s'obstiner.Four un prince si cher sa réserve m’étonnelQue ne me l’offre-t-elle avec une couronne-C’est trop m'importuner en faveur d’un sujeCMoi qui tiendrais un roi pour un indigne o JS'il venait par votre ordre, et si \otre allïau ceSouillait entre ses mains la suprême puissanCe sont des sentiments que je ne puis train*
Je ne veux point de rois qui sachent obéir.
Et, puisque vous voyez mon âme tout entie >Seigneur, ne perdez plus menace ni prière.