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NICOMÈDE, ACTE IV, SCÈNE II.
Retenez des soupirs dont vous me percez Filme.Quel besoin d'accabler mon cœur de vos douleurs,Quand vousy pouvez tout sans le secoursdes pleurs?Quel besoin que ces pleurs prennent votre défense ?Douté-je de son crime ou de votre innocence?
Et reconnaissez-vous que tout ce qu’il m’a ditPar quelque impression ébranle mon esprit ?ARSINOÉ.
Ab ! seigneur, est-il rien qui répare l’injureQue fait à l’innocence un moment d’imposture?Et peut-on voir mensonge assez tôt avortéPour rendre à la vertu toute sa pureté ?
Il en reste toujours quelque indigne mémoireQui porte une souillure à la plus haute gloire.Combien en votre cour est-il de médisants?Combien le prince a-t-il d’aveugles partisans,
Qui, sachant une fois qu’on m’a calomniée,Croiront que votre amour m’a seul justifiée?
Et si la moindre tache en demeure à mon nom,
Si le moindre du peuple en conserve un soupçon,Suis-je digne de vous? et de telles alarmesTouchent-elles trop peu pour mériter mes larmes ?PRUSIAS.
Ah ! c’est trop de scrupule, et trop mal présumerD’un mari qui vous aime , et qui vous doit aimer.La gloire est plus solide après la calomnie,
Et brille d’autant mieux qu’elle s’en vit ternie.Mais voici Nicomède, et je veux qu’aujourd’hui...
SCÈNE II.
PRUSIAS, AltSINOÉ, NICOMÈDE, ARASPE,
GARDES.
ARSINOÉ.
Grâce, grâce, seigneur, à notre unique appui !Grâce à tant de lauriers en sa main si fertiles!Grâce à ce conquérant, à ce preneur de villes !Grâce...
NICOMÈDE.
De quoi, madame ? est-ce d’avoir conquisTrois sceptres, que ma perte expose à votre fils ?D’avoir porté si loin vos armes dans l’Asie,
Que même votre Rome en a pris jalousie ?
D’avoir trop soutenu la majesté des rois?
Trop rempli votre cœur du bruit de. mes exploits ?Trop du grand Annibal pratiqué les maximes?
S’il faut grâce pour moi, choisissez de mes crimes,Les voilà tous, madame; et si vous y joignezD’avoir cru des méchants par quelque autre gagnés,D’avoir une âme ouverte, une franchise entière,Qui, dans leur artifice, a manqué de lumière,
C’est gloire et non pas crime à qui ne voit le jourQu’au milieu d’une armée, et loin de votre cour,Qui n’a que la vertu de son intelligence,
Et, vivant sans remords, marche sans défiance.
ARSINOÉ.
Je m’en dédis, seigneur ; il n’est point criminel-S’il m’a voulu noircir d’un opprobre éternel,
11 n’a fait qu’obéir à la haine ordinaireQu’imprime à ses pareils le nom de belle-mère.De cette aversion son cœur préoccupéM’impute tous les traits dont il se sent frappé-Que son maître Annibal, ipalgré la foi publique!S’abandonne aux fureurs d’une terreur panique;Que ce vieillard confie et gloire et libertéPlutôt au désespoir qu’à l’hospitalité ;
Ces terreurs, ces fureurs, sont de mon artifice.Quelque appas que lui-même il trouve en Laodice,C’est moi qui fais qu’Attale a des yeux comme lui tC’est moi qui force Rome à lui.servir d'appui;
De cette seule main part tout ce qui le blesse;
Et pour venger ce maître et sauver sa maîtresse,S’il a tâché, seigneur, de m’éloigner de vous,Tout est trop excusable en un amant jaloux.
Ce faible et vain effort ne touche point mon âm eJe sais que tout mon crime est d’être votre feiu» ie >Que ce nom seul l’oblige à me persécuter:
Car enfin hors de là que peut-il m’imputer?
Ma voix, depuis dix ans qu’il commande une arn ,ee ’A-t-elle refusé d’enller sa renommée?
Et lorsqu’il l’a fallu puissamment secourir,
Que la moindre longueur l’aurait laissé périr,Quel autre a mieux pressé les secours nécessaire 5.Qui l’a mieux dégagé de ses destins contraires-A-t-il eu près de vous un plus soigneux agentPour hâter les renforts et d’hommes et d'argentVous le savez, seigneur, et pour reconnaissance.Après l’avoir servi de toute ma puissance,
Je vois qu’il a voulu me perdre auprès de vous ■Mais tout est excusable en un amant jaloux;
Je vous l’ai déjà dit.
l’RUSTAS.
Ingrat! que peux-tu dire-
NICOMÈDE.
Que la reine a pour moi des bontés que j’adu 1Je ne vous dirai point que ces puissants secoursDont elle a conservé mon honneur et mes jours.
Et qu’avec tant de pompe à vos yeux elle é ta * e ’Travaillaient par ma main à la grandeur d AtQue par mon propre bras elle amassait po lir .
Et préparait dès lors ce qu’on voit aujourd hu'-Par quelques sentiments qu’elle ait été poussée.J’en laisse le ciel juge, il connaît sa pensee,
Il sait pour mon salut comme elle a fait des vIl lui rendra justice, et peut-être à tousCependant, puisque enfin l’apparence est siElle a parlé pour moi, je dois parler pour e >
Et pour son intérêt vous faire souvenir j r .
Que vous laissez longtemps deux méchants a 1>Envoyez Métrobate et Zénon au supplice-Sa gloire attend de vous ce digne sacrifice •