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Oeuvres de P. et TH. Corneille / précédées de la vie de P. Corneille par Fontenelle et des discours sur la poésie dramatique
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NICOMÈDE, ACTE IV, SCÈNE VT.

Vous, seigneur, excusez si, me trouvant en peinequelques déplaisirs que m’a fait voir la reine,'^ e vais l’en consoler, et vous laisse avec lui. tAttale, encore un coup, rends grâce à ton appui.

SCÈNE V.

FT, VMINIUS, ATT ALE.

ATTALE.

Seigneur, que vous dirai-je après des avantagesQ u * Sont même trop grands pour les plus grands

[courages ?

) °us n’avez point de borne, et votre affectionass e votre promesse et mon ambition.

•le l

Ni

Ce

avoûrai pourtant, le trône de mon père

) e fait pas le honneur que plus je considère :f qui touche mon cœur, ce qui charme mes sens,

^ e st Laodiee acquise à mes vœux innocents.

J ‘ a qualité de roi qui me rend digne d’elle...

FLAMINIUS.

’ e rendra pas son cœur à vos vœux moins rebelle.

ATTALE.

^eigneur, l’occasion fait un cœur différent :"'ailleurs, c’est l’ordre exprès de son père mou--yf Par son propre aveu la reine d’Arménie [rant;due à l’héritier du roi de Bithynie.

FLAMINIUS.

u’estpas loi pour elle ; et, reine comme elle est,Cet ordre, à bien parler, n’est que ce qui lui plaît.Situerait-elle en vous l’éclat d’un diadèmeQ u ’°n vous donne aux dépens d’un grand prince

[qu’elle aime ;

,' n vous qui la privez d’un si cher protecteur ;

’ rl vous qui de sa chute êtes l’unique auteur ?

Ce

ATTALE.

Prince hors d’ici, seigneur, que fera-t-elle?

Vui contre Rome et nous soutiendra sa querelle?tar j’ose

Ci

me promettre encor votre secours.

FLAMINIUS.

p es choses quelquefois prennent un autre cours ;° Ur ne vous point flatter, je n’en veux pas répon-

Ce

ATTALE. [dre.

ferait bien, seigneur, de tout point me confon-Si j 16 Sera * s rnuius roi qu’un objet de pitié [dre,6 bandeau royal m’ôtait votre amitié.j^, ais je m’alarme trop, et Rome est plus égale :er * a '’ez-vous pas l’ordre ?

FLAMINIUS.

Oui, pour le prince Attale,

^Iai$

0,,f 1111 liomme en son sein nourri dès le berceau ;

11 f autQu’à yQue

pour le roi de Pont il faut ordre nouveau.

ATTALE.

°rdre nouveau ! Quoi ! se pourrait-il faire°euvre de ses mains Rome devînt contraire;

111 a grandeur naissante y fit quelques jaloux?

FLAMINIUS.

Que présumez-vous, prince ? et que me dites-vous ?

ATTALE.

Vous-même dites-moi comme il faut que j’expliqueCette inégalité de votre république.

FLAMINIUS.

Je vais vous l’expliquer, et veux bien vous guérirD’une erreur dangereuse où vous semblez courir.

Rome, qui vous servait auprès de Laodiee,

Pour vous donner son trône eût fait une injustice ;Son amitié pour vous lui faisait cette loi :

Mais par d’autres moyens elle vous a fait roi ;

Et le soin de sa gloire à présent la dispenseDe se porter pour vous à cette violence.

Laissez donc cette reine en pleine liberté,

Et tournez vos désirs de quelque autre côté.

Rome de votre hymen prendra soin elle-même.

ATTALE.

Mais s’il arrive enfin que Laodiee m’aime?

FLAMINIUS.

Ce serait mettre encor Rome dans le hasardQue l’on crût artifice ou force de sa part;

Cet hymen jetterait une ombre sur sa gloire.Prince, n’y pensez plus, si vous m’en pouvez croire.Ou, si de mes conseils vous faites peu d’état,

N’y pensez plus du moins sans l’aveu du sénat.

ATTALE.

A voir quelle froideur à tant d’amour succède,Rome ne m’aime pas; elle hait Nicomède :

Et lorsqu’à mes désirs elle a feint d’applaudir,Elle a voulu le perdre, et non pas m’agrandir.

FLAMINIUS.

Pour ne vous faire pas de réponse trop rudeSur ce beau coup d’essai de votre ingratitude,Suivez votre caprice, offensez vos amis ;

Vous êtes souverain, et tout vous est permis :Mais puisque enfin ce jour vous doitfaire connaîtreQue Rome vous a fait ce que vous allez être,

Que perdant son appui, vous ne serez plus rien,Que le roi vous l’a dit, souvenez-vous-en bien.

SCÈNE VI.

ATTALE.

Attale, était-ce ainsi que régnaient tes ancêtres ?Veux-tu le nom de roi pour avoir tant de maîtres?Ali! ce titre à ce prix déjà m’est importun :

S’il nous en faut avoir, du moins n’en ayons qu’un.Le ciel nous l’a donné trop grand, trop magnanime,Pour souffrir qu’aux Romains il serve de victime.Montrons-leur hautement que nous avons des yeux,Et d’un si rude joug affranchissons ces lieux.Puisqu’à leurs intérêts tout ce qu’ils font s’applique,Que leur vaine amitié cède à leur politique,