Buch 
Oeuvres de P. et TH. Corneille / précédées de la vie de P. Corneille par Fontenelle et des discours sur la poésie dramatique
Seite
318
JPEG-Download
 

31» NICUMEDE, AC'J

Vous le jugez vous-même.

PRUS1AS.

Ah ! j’avoùrai, madame,Que le ciel a versé ce conseil dans votre âme.Seigneur, se peut-il voir rien de mieux concerté?

FLAMINIUS.

11 vous assure et vie, et gloire, et liberté ;

Et vous avez d’ailleurs Laodice en otage :

Mais qui perd temps ici perd tout son avantage.i’RUSIAS.

Il n’en faut donc plus perdre : allons-y de ce pas.

ARSINOÉ.

Ne prenez avec vous qu’Araspe et trois soldats :Peut-être un plus grand nombre aurait quelque infi-J’irai chez Laodice, et m’assurerai d’elle, [dèle.Attale, où courez-vous?

ATTALE.

Je vais de mon cotéDe ce peuple mutin amuser la fierté,

A votre stratagème en ajouter quelque autre.

ARSINOÉ.

Songez que ce n’est qu’un que mon sort et le vôtre,Que vos seuls intérêts me mettent en danger.

ATTALE.

Je vais périr, madame, ou vous en dégager.

ARSINOÉ.

Allez donc. J’aperçois la reine d’Arménie.

SCÈNE VI.

ARSIKOÉ, LAODICE, CLÉONE.

ARSINOÉ.

La cause de nos maux doit-elle être impunie?

LAODICE.

Non, madame-, et, pour peu qu’elle ait d’ambition.Je vous réponds déjà de sa punition.

AltSINOÉ.

Vous qui savez son crime, ordonnez de sa peine.

LAODICE.

Un peu d’abaissement suffit pour une reine :

C’est déjà trop de voir son dessein avorté.

ARSINOÉ.

Dites, pour châtiment de sa témérité,

Qu’il lui faudrait du front tirer le diadème.

LAODICE.

Parmi les généreux il n’en va pas de même ;

Ils savent oublier quand ils ont le dessus,

Et ne veulent que voir leurs ennemis confus.

ARSINOÉ.

Ainsi qui peut vous croire, aisément se contente.

LAODICE.

Le ciel ne in’a pas fait l’ânie plus violente.

ARSINOÉ.

Soulever des sujets contre leur souverain,

Leur mettre à tous le fer et la flamme en la main,

E V, SCENE VI.

Jusque dans le palais pousser leur insolence,Vous appelez cela fort peu de violence ?

LAODICE.

Nous nous entendons mal, madame; et je le voi>Ce que je dis pour vous, vous l’expliquez pour moi-Je suis hors de souci pour ce qui me regarde;Et je viens vous chercher pour vous prendre en maPour ne hasarder pas en vous la majesté [garde,Au manque de respect d’un grand peuple irrite-Faites venir le roi, rappelez votre Attale;

Que je conserve en eux la dignité royale;

Ce peuple en sa fureur peut les connaître mal-

ARSINOÉ.

Peut-on voir un orgueil à votre orgueil égal !Vous, par qui seule ici tout ce désordre arrive;Vous, qui dans ce palais vous voyez ma captive;Vous, qui me répondrez au prix de votre sangDe tout ce qu’un tel crime attente sur mou rang,Vous me parlez encor avec la même audaceQue si j’avais besoin de vous demander grâce !

LAODICE.

Vous obstiner, madame, à me parler ainsi,

C’est ne vouloir pas voir que je commande ici,Que, quand il me plaira, vous serez ma victime-Et ne m’imputez point ce grand désordre à crime-Votre peuple est coupable, et dans tous vos suje^Ces cris séditieux sont autant de forfaits; [rell eS ’.Mais pour moi, qui suis reine, et qui dans nos q l,e ”Pour triompher de vous, vous ai fait ces reheH eS 'Par le droit de la guerre il fut toujours permisD’allumer la révolte entre ses ennemis :

M’enlever mon époux, c’est vous faire la miei" ie '

ARSINOÉ.

Je la suis donc, madame; et quoi qu’il en advienne,Si ce peuple une fois enfonce le palais,

C’est fait de votre vie, et je vous le promets.LAODICE.

Vous tiendrez mal parole, ou bientôt sur ma tomTout le sang de vos rois servira d’hécatombe.

-Mais avez-vous encor parmi votre maison ?Quelque autre Métrobate, ou quelque autre Zénom

N’appréhendez-vous pointque tous vos domestni ?

Ne soient déjà gagnés par mes sourdes pratiq ueS 'En savez-vous quelqu’un si prêt à se trahir,

Si las de voir le jour, que de vous obéir?

Je ne veux point régner sur votre Bithym® •Ouvrez-moi seulement les chemins d’Armem®,

Et pour voir tout d’un coup vos malheurs ternu ’Rendez-moi cet époux qu'en vain vous retenez-

ARSINOÉ.

Sur le chemin de Home il vous faut l’aller pf en r ’Flaminius l’y mène, et pourra vous le rendre •Mais bâtez-vous, de grâce, et faites bien ramer,Car déjà sa galère a pris le large en mer.

LAODICE.

Ali ! si je le croyais !...