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Oeuvres de P. et TH. Corneille / précédées de la vie de P. Corneille par Fontenelle et des discours sur la poésie dramatique
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OTHON, ACTE

Depuis <jue nos Romains ont accepté des maîtres,Ces maîtres ont toujours fait choix de mes pareilsDour les premiers emplois et les secrets conseils :Us ont mis en nos mains la fortune publique ;

Us ont soumis la terre à notre politique ;

Eatrobe, Polyclète, et Narcisse, et Pallas,

Ont déposé des rois, et donné des états.

On nous élève au trône au sortir de nos chaînes ;Sons Claude on vit Félix le mari de trois reines :Et, quand l’amour en moi vous présente un époux,Vous me traitez d’esclave, et d’indigne de vous?Madame, en quelque rang que vous ayez pu naître,C’est beaucoup que d’avoir l’oreille du grand maître.

' inius est consul, et Lacus est préfet;

■le ne suis l’un ni l’autre, et suis plus en effet ;

Et de ces consulats, et de ces préfectures,

•'e puis quand il me plaît faire des créatures :

Oalba m’écoute enfin ; et c’est être aujourd’hui,Quoique sans ces grands noms, le premier d’aprèsplautine. [lui.

Pardonnez donc, seigneur, si je me suis méprise :ülon orgueil dans vos fers n’a rien qui l’autorise,•le viens de me connaître, et me vois à mon tourIndigne des honneurs qui suivent votre amour.Avoir brisé ces fers fait un degré de gloireAu-dessus des consuls, des préfets du prétoire ;

Et si de cet amour je n’ose être le prix,

Ee respect m’en empêche, et non plus le mépris.Cn m’avait dit pourtant que souvent la natureCardait en vos pareils sa première teinture,

Que ceux de nos Césars qui les ont écoutésCnt tous souillé leurs noms par quelques lâchetés,Et que pour dérober l’empire à cette honteC'univers a besoin qu’un vrai héros y monte.

C est ce qui me faisait y souhaiter Othon :

*'lais à ce que j’apprends ce souhait n’est pas bon.Caissons-en faire aux dieux, et faites-vous justice;E* un cœur vraiment romain dédaignez le caprice.Cent reines à l’envi vous prendront pour époux ;Eùlix en eut bien trois, et valait moins que vous.

MARTIAN.

'ladame,encore un coup,souffrez que je vous aime,^ungez que dans ma main j’ai le pouvoir suprême,Qu’entre Othon et Pison mon suffrage incertain,■''Uivant qu’il penchera, va faire un souverain.

Te u’ai fait jusqu’ici qu’empêcher l’hyménéeQtù d’Othon avec vous eut joint la destinée :

;I aurais pu hasarder quelque chose de plus ;

Ve m’y contraignez point à force de refus.

Quand vous cédez Othon, me souffrir en sa place,Eeut-être ce sera faire plus d’une grâce :

(,i,r de vous voir à lui ne l’espérez jamais.

Il, SCÈNE IV.

SCÈNE III.

PLAUTINE, LACUS, MARTI AN, FLAVIE.

LACUS.

Madame, enfin Galba s’accorde à vos souhaits ;

Et j’ai tant fait sur lui, que, dès cette journée,

De vous avec Othon il consent l’hyménée.

PLAUTINE, à Marlian. [frir

Qu’en dites-vous, seigneur? Pourrez-vous biensouf-Cet hymen que Lacus de sa part vient m’offrir?Le grand maître a parlé, voudrez-vous l’en dédire,Vous qu’on voit après lui le premier de l’empire?Dois-je me ravaler jusques à cet époux ?

Ou dois-je par votre ordre aspirer jusqu’à vous?laciîs.

Quel énigme est-ce ci, madame ?

PLAUTINE.

Sa grande âme

Me faisait tout à l’heure un présent de sa flamme;Il m’assurait qu’Othon jamais ne m’obtiendrait,

Et disait à demi qu’un refus nous perdrait.

Vous m’osez cependant assurer du contraire ;

Et je ne sais pas bien quelle réponse y faire.Comme en de certains temps il fait bon s’expliquer,En d’autres il vaut mieux ne s’y point embarquer.Grands ministres d’état, accordez-vous ensemble,Et je pourrai vous dire après ce qui m’en semble,

SCÈNE IV.

LACUS, MARTI AN.

LACUS.

Vous aimez donc Plautine, et c’est la cette foiQui contre Vinius vous attachait à moi?

MARTI AN.

Si les yeux de Plautine ont pour moi quelque charme,Y trouvez-vous, seigneur, quelque sujet d’alarme ?Le moment bienheureux qui m’en ferait l’épouxRéunirait par moi Vinius avec vous.

Par là de nos trois cœurs l’amitié ressaisie,

En déracinerait et haine et jalousie.

Le pouvoir de tous trois, partons trois affermi,Aurait pour nœud commun son gendre en votre ami :Et quoi que contre vous il osât entreprendre....

LACUS.

Vous seriez mon ami, mais vous seriez son gendre ;Et c’est un faible appui des intérêts de courQu’une vieille amitié contre un nouvel amour.Quoi que veuille exiger une femme adorée,

La résistance est vaine ou de peu de durée ;

Elle choisit ses temps, et les choisit si bien,Qu’on se voit hors d’état de lui refuser rien.Vous-même êtes-vous sur que ce nœud la retienne