Buch 
Oeuvres de P. et TH. Corneille / précédées de la vie de P. Corneille par Fontenelle et des discours sur la poésie dramatique
Seite
357
JPEG-Download
 

OTHON, ACTE II, SCENE VF.

V,

LACUS.

L’un et l’autre sait trop quel respect vous est du.

CAMILLE.

Le crime eu est plus grand si vous l’avez perdu.Parlez, qu’avez-vous dit à Galba l’un et l’autre ?

MABTIAN.

pensée a voulu s’assurer sur la nôtre;

Lt s’étant proposé le choix d'un successeur,

Pour laisser à l’empire un digne possesseur,

Sur ce don imprévu qu’il fait du diadème,

^ inius a parlé, Lacus a fait de même.

CAMILLE.

Lt ne savez-vous point, et Vinius, et vous,

Que ce grand successeur doit être mon époux?Que le don de ma main suit ce don de l’empire ?Galba, par vos conseils, voudrait-il s’en dédire?

LACUS.

" est toujours le même, et nous avons parléSuivant ce qu’à tous deux le ciel a révélé :

Lu ces occasions, lui qui tient les couronnesLispire les avis sur le choix des personnes.

S°us avons cru d’ailleurs pouvoir sans attentat''aire vos intérêts de ceux de tout l’état.

W ne voudriez pas en avoir de contraires.

CAMILLE.

°us n’avez, vous ni lui, pensé qu’à vos affaires ;Lt nous offrir Pison, c’est assez témoigner...

LACUS

'• p trouvez-vous, madame, indigne de régner ?

" a de la vertu, de l’esprit, du courage;

" a de plus...

CAMILLE.

De plus, il a votre suffrage,

Lt c’est assez de quoi mériter mes refus..

Par respect de son sang, je ne dis rien de plus.

MABTIAN.

bineriez-vous Othon, que Vinius propose,

Gthon, dont vous savez que Plautine dispose,

'*■ qui n’aspire ici qu’à lui donner sa foi ?

CAMILLE.

Qt’il brûle encor pour elle, ou la quitte pour moi,/■ e n’est pas votre affaire ; et votre exactitude‘ e charge en ma faveur de trop d’inquiétude.

, LACUS.

* ’ais l’empereur consent qu’ill’épouse aujourd’hui;nioi-même je viens de l’obtenir pour lui.

.. CAMILLE.

°ns en a-t-il prié? dites, ou si l’envie ..

- LACUS.

véritable ami n’attend point qu’on le prie.

CAMILLE.

et te amitié me charme, et je dois avouer

Qu

Que

Othon a jusqu’ici tout lieu de s’en louer,l’heureux contre-temps d’un si rare service ..

LACUS.

Madame...

CAMILLE.

Croyez-moi, mettez bas l’artifice.

Ne vous hasardez point à faire un empereur.Onlba-eonnaît l’empire, et je connais mon cœurJe sais ce qui m’est propre ; il voit ce qu’il doit faire,Et quel prince à l’état est le plus salutaire.

Si le ciel vous inspire, il aura soin de nous,

Et saura sur ce point nous accorder sans vous.

LACUS.

Si Pison vous déplaît, il en est quelques autres...

CAMILLE.

N’attachez point ici mes intérêts aux vôtres.

Vous avez de l’esprit, mais j’ai des yeux perçants.Je vois qu’il vous est doux d’être les tout-puissants ;Et je n’empêclie point qu’on ne vous continueVotre toute-puissance au point qu’elle est venue ;Mais quant à cet époux, vous me ferez plaisirDe trouver bon qu’enfin je puisse le choisir.

Je m’aime un peumoi-même,et n’ai pas grande envieDe vous sacrifier le repos de ma vie.

MABTIAN.

Puisqu’il doit avec vous régir tout l’univers.

CAMILLE.

Faut-il vous dire encor quej’ai des yeux ouverts ?Je vois jusqu’en vos cœurs, et m’obstine à me taire;Mais je pourrais enfin dévoiler le mystère.

MARTIAN.

Si l’empereur nous croit...

CAMILLE.

Sans doute il vous croira ;Sans doute je prendrai l’époux qu’il m’offrira,

Soit qu’il plaise à mes yeux, soit qu’il me choque en11 sera votre maître, et je serai sa femme; [l’Ame.I^e temps me donnera sur lui quelque pouvoir,

Et vous pourrez alors vous en apercevoir.

Voilà les quatre mots que j’avais à a t ous dire,Pensez-y.

SCÈNE VI.

LACUS, MARTIAN.

MABTIAN.

Ce courroux que Pison nous attire...LACUS.

Vous vous en alarmez! Laissons-la discourir,

Et ne nous perdons pas de crainte de périr.

MABTIAN.

Vous voyez quel orgueil contre nous l’intéresse.

LACUS.

Plus elle m’en fait voir, plus je vois sa faiblesse.Faisons régner Pison ; et, malgré ce courroux,Vous verrez qu’elle-mëme aura besoin de nous.