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Oeuvres de P. et TH. Corneille / précédées de la vie de P. Corneille par Fontenelle et des discours sur la poésie dramatique
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358 OTHON, ACTE

ACTE TROISIÈME.

SCÈNE PREMIÈRE.

CAMILLE, ALBIANE.

• CAMILLE.

Ton frère te Ta dit, Albiane?

ALBIANE.

Oui, madame ;

Galba choisit Pison, et vous êtes sa femme,

Ou, pour en mieux parler, l’esclave de Lacus,

A moins d’un éclatant et généreux refus.

CAMILLE.

Et que devient Otlion ?

ALBIANE.

Vous allez voir sa têtelte vos trois ennemis affermir la conquête ;

Je veux dire assurer votre main à Pison,

Et l’empire aux tyrans qui font régner son nom.Car, comme il n’a pour lui qu’une suite d’ancêtres,Lacus et Martian vont être nos vrais maîtres;

Et Pison ne sera qu’un idole sacréQu’ils tiendrontsur l’autel pour répondre à leur gré.Sa probité stupide autant comme faroucheA prononcer leurs lois asservira sa bouche ;

Et le premier arrêt qu’ils lui feront donnerLes défera d’Othon qui les peut détrôner.

CAMILLE.

O dieux ! que je le plains !

ALBIANE.

Il est sans doute à plaindre,Si vous l’abandonnez à tout ce qu’il doit craindre;Mais comme enfin la mort finira son ennui,

Je crains fort de vous voir plus à plaindre que lui.

CAMILLE.

L’hymen sur un époux donne quelque puissance.

ALBIANE.

Octavie a péri sur cette confiance.

Son sang qui fume encor vous montre à quel destinPeut exposer vos jours un nouveau Tigellin. [ble ;( le grandchoix v ous en donne.! craindre deux ensem-Et pour moi, plus j’y songe, et plus pour vous jeCamille. [tremble.

Quel remède, Albiane ?

ALBIANE.

Aimer, et faire voir...

CAMILLE.

Que l’amour est sur moi plus fort que le devoir?

ALBIANE.

Songez moins à Galba qu’à Lacus qui vous brave,Et qui vous fait encor braver par un esclave.

III, SCÈNE I.

Songez à vos périls ; et peut-être à son tourCe devoir passera du côté de l’amour.

Bien quenous devions tout aux puissances suprêmes,Madame, nous devons quelque chose à nous-mêmes.Surtout quand nous voyons des ordres dangereux,Sous ces grands souverains,partir d’autres que d’eux.

CAMILLE.

Mais Otlion m’aime-t-il?

ALBIANE.

S’il vous aime ? ali, madame •CAMILLE.

On a cru que Plautine avait toute son Ame.

ALBIANE.

On l’a dû croire aussi, mais on s’est abusé ;Autrement, Vinius l’aurait-t-il proposé ?

Aurait-il pu trahir l’espoir d’en faire un gendre?CAMILLE.

En feignant de l’aimer que pouvait-il prétendre ?ALBIANE.

De s’approcher de vous, et se faire en la courUn accès libre et sûr pour un plus digne amour-De Vinius par là gagnant la bienveillance,

Il a su le jeter dans une autre espérance,

Et le flatter d’un rang plus haut et plus certain,S’il devenait par vous empereur de sa main.

Vous voyez à ces soins que Vinius s’applique,Enmênietempsqu’Othonauprèsdevoiiss’expli<l ll( ’'CAMILLE.

Mais à se déclarer il a bien attendu.

ALBIANE.

Mon frère jusque-là vous en a répondu.

CAMILLE.

Tandis, tu m’as réduite à faire un peu d’avance,A consentir qu’Albin combattît son silence,

Et même Vinius, dès qu’il me l’a nommé,

A pu voir aisément qu’il pourrait être aimé.

ALBIANE.

C’est la gêne où réduit celles de votre sorteLa scrupuleuse loi du respect qu’on leur porte-Il arrête les vœux, captive les désirs,

Abaisse les regards, étouffe les soupirs,

Dans le milieu du cœur enchaîne la tendresse,

Et tel est en aimant le sort d’une princesse,Quejquelqueamourqu’elleaitjetqu’elleaitpi 1 _

Il faut qu’elle devine, et force à deviner.

Quelque peu qu’on lui die,on craint de lui trop’A peine on se hasarde à jurer qu’on l’admire,

Et, pour apprivoiser ce respect ennemi,

Il faut qu’en dépit d’elle elle s’offre à demi-Voyez-vous comme Otlion saurait encor se t.m >Si je ne l’avais fait enhardir par mon frère .

CAMILLE.

Tu le crois donc, qu’il m’aime ?

albiane. ^

Et qu’il lui serait do”'

Que vous eussiez pour lui l'amour qu’il a pour '