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Oeuvres de P. et TH. Corneille / précédées de la vie de P. Corneille par Fontenelle et des discours sur la poésie dramatique
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OTHON, ACTE III, SCÈNE III.

CAMILLE.

•lélas! que cet amour croit tôt ce qu’il souliaite !Cn vain la raison parle, en vain elle inquiète,

*'- n vain la défiance ose ce qu’elle peut ;

^ 'eut croire, et ne croit que parce qu’il le veut,l'our Plautine ou pour moi je vois du stratagème,Qt m’obstine avec joie à m’aveugler moi-même.ffI plains cette abusée, et c’est moi qui la suis•‘eut-être, et qui me livre à d’éternels ennuis;^eut-être, en ce moment qu’il m’est doux de te croire,ses vœux à Plautine il assure la gloire :•’eut-être...

SCÈNE II.

CAMILLE, ALPIN, ALBIANE.

ALBIN.

L’empereur vient ici vous trouver•‘our vous dire son choix, et le faire approuver,^'il vous déplaît, madame, il faut de la constance :

faut une fidèle et noble résistance;

'•faut...

CAMILLE.

De mon devoir je saurai prendre soin,''•lez chercher Othon pour en être témoin.

SCENE III.

GALBA, CAMILLE, ALBIANE.

GALBA.

Quand la mort de mes fils désola ma famille,

•'•a nièce, mon amour vous prit dès lors pour fille ;•’J regardant en vous les restes de mon sang,

■•*' flattai ma douleur en vous donnant leur rang,•’mine, qui m’a depuis chargé de son empire,Quand sous le poids de l’âge à peine je respire,

^ vu ce même amour me le faire accepter,

''•oins pourmeseoir si haut, que pour vous y porter,^°n que si jusque-là Rome pouvait renaître,Qu’elle fût en état de se passer de maître,

•e ne me crusse digne, en cet heureux moment,' >e commencer par moi son rétablissement :âtais cet empire immense est trop vaste pour elle :^ oioinsque d’une tête un si grand corps chancelle ;•-t pour le nom des rois son invincible horreurS est d’ailleurs si bien faite aux lois d’un empereur,Qu’elle ne peut souffrir, après cette habitude,pleine liberté, ni pleine servitude.

^••e veut donc un maître, et Néron condamnéElit voir ce qu’elle veut en un front couronné.

' ‘udex, Rufus, ni moi, n’avons causé sa perte ;crimes seuls l’ont faite; et le ciel l’a soufferte,

h,

°ur marqueaux souverains qu’ils doivent par l’effet‘‘Pondre dignement au grand choix qu’il en fait.

Jusques à ce grand coup, un honteux esclavageD’une seule maison nous faisait l’héritage.

Rome n’en a repris, au lieu de liberté,

Qu’un droit de mettre ailleurs la souveraineté ;

Et laisser après moi dans le trône un grand homme,C’est tout ce qu’ aujourd’h ui j e puis faire pour Rome.Prendre un si noble soin, c’est en prendre de vous.Ce maître qu’il lui faut vous est dû pour époux ;

Et mon zèle s’unit à l’amour paternellePour vous en donner un digne de vous et d’elle..Tule et le grand Auguste ont choisi dans leur sang,Ou dans leur alliance à qui laisser ce rang.

Moi, sans considérer aucun nœud domestique,

J’ai fait ce choix comme eux, mais dans la républi-Je l’ai fait de Pison; c’est lesangdeCrassus, [que:C’est celui de Pompée, il en a les vertus,

Et ces fameux héros dont il suivra la traceJoindrontdesi grandsnomsauxgrandsnomsde maQu’il n’est point d’hyménée en qui l’égalité [race,Puisse élever l’empire à plus de dignité.

CAMILLE.

J’ai tâché de répondre à cet amour de pèrePar un tendre respect qui chérit et révère,

Seigneur ; et je vois mieux encor parce grand choix,Et combien vous m’aimez, et combien je vous dois.Je sais ce qu’est Pison et quelle est sa noblesse ;Niais, si j’ose à vos yeux montrer quelque faiblesse,Quelque digne qu’il soit et de Rome et de moi,

Je tremble à lui promettre et mon cœur et ma foi ;Et j’avoûrai, seigneur, que pour mon hyménéeJe crois tenir un peu de Rome où je suis née.

Je ne demande point la pleine liberté,

Puisqu’elle en a mis bas l’intrépide fierté;

Mais si vous m’imposez la pleine servitude,

J’y trouverai, comme elle,un jougun peu bien rude.Je suis trop ignorante en matière d’étatPour savoir quel doit être un si grand potentat ;Mais Rome dans ses murs n’a-t-elle qu’un seul hom-N’a-t-elle que Pison qui soit digne de Rome? [me.Et dans tous ses états n’en saurait-on voir deuxQue puissent vos bontés hasarder à mes vœux?

Néron fit aux vertus une cruelle guerre,

S’il en a dépeuplé les trois parts de la terre,

Et si, pour nous donner de dignes empereurs,Pison seul avec vous échappe à ses fureurs.

Il est d’autres héros dans un si vaste empire ;

11 en est qu’après vous on se plairait d’élire,

Et qui sauraient mêler, sans vous faire rougir,L’art de gagner les cœurs au grand art de régir.D’une vertu sauvage on craint un dur empire,Souvent on s’en dégoûte au moment qu’on l’admire ;Et, puisque ce grand choix me doit faire un époux,11 serait bon qu’il eût quelque chose de doux ;Qu’on vît en sa personne également paraîtreLes grâces d’un amant, et les hauteurs d’un maître;Et qu’il fût aussi propre à donner de l’amour