DE PAUL-LOUIS COURIER. Ig
république n’était déjà plus qu’un mot, et Bonapartevoulait au pouvoir qu’il exerçait seul et presque sanscontrôle un titre plus décidé. L’empire était créé , maisil fallait le légitimer par une apparence de délibérationnationale. Nous n’avons point encore de mémoires quinous apprennent comment fut accueillie par l’arméecette consultation extraordinaire, qui par elle-mêmeétait déjà la destruction de la république. Les militairesqui servaient à cette époque, et qui depuis , rentrés dansla vie civile, ont mieux connu le prix de la liberté,assurent généralement qu’ils virent avec indignation lepouvoir d’un seul succéder à la volonté de tous. Maisaucun fait éclatant n’a prouvé cette disposition des ar-mées de la république. N’esl-il pas bien plus probableque les choses se passèrent partout comme on le voitdans ce comique récit de Courier, où tout un corpsd’officiers, assis en rond autour du général d’Anthouard,reste muet à la question : « Voulez-vous encore larépu-« blique , ou bien aimez-vous mieux un empereur ? »En effet, pour des militaires, dire non, c’était tirerl’épée , ou protester inutilement. Car où était l’autoritéqui présiderait au dépouillement de ce vaste scrutin,qui compterait les voix et répondrait du respect deBonaparte pour les répugnances de la majorité? Cou-rier se garda bien de dire non ; il avait son' opinioncependant. « Un homme comme Bonaparte, disait-il« énergiquement, soldat, chef d’armée, le premier capi-« taine du monde, vouloir qu’on l’appelle maj esté... ! Etreo Bonaparte et se faire Sire...! 11 aspire à descendre...»
Si le caractère indépendant mais peu vigoureux deCourier, si son esprit frondeur plutôt qu’arrêté en cer-