'lG ESSAI SUE LA VIE ET LES ÉCRITS
Lettre à M. Renouard, libraire de Paris, qui s’était trouvéprésent à la découverte du Longus, quelques pages rem-plies de ce fiel satirique, de cette verve de raillerieméprisante et cruelle, dont il n’y avait plus de modèlesdepuis les réponses de Voltaire à Fréron et à Desfon-taines ; et c’était le style des Provinciales. La lettre àMonsieur Renouard ne pouvait manquer d’attirer l’atten-tion. Le gouvernement lui-même s’en inquiéta. Cou-rier avait voulu intéresser à sa querelle l’opinion Fran-çaise, toute faible qu’elle était alors. 11 insinuait queles pédans florentins ne s’attaquaient à lui si vivementque parce qu’il était français, et qu’cn était bien aise enItalie de s’en prendre à un pauvre savant de la hainequ’inspirait la vice-royauté. La chose étant montée sihaut, on sut que l’homme de la tache d’encre était pré-cisément un chef d’escadron qu’on réclamait à l’arméedepuis Wagram. Voilà Courier dans un grand embarraspour s’èlre si bien vengé des bibliothécaires florentins.Le ministre de l’intérieur voulait le poursuivre commevoleur de grec, et dans le même temps celui de la guerreprétendait le faire juger comme déserteur. Il s’en tiratoutefois, mais à la condition de ne plus employer contrepersonne cette plume qui venait de révéler sa terriblepuissance : il se le tint pour dit. Courier ne fit donc plusqu’étudier et voyager jusqu’à la paix. 11 voyageait en 1812,à l’époque de la conspiration de Mallet. 11 était sans pas-seport; on l’arrêta comme suspect, puis on le relâcha enreconnaissant qu’il ne se mêlait point de politique. Ce futlà son dernier démêlé avec le régime militaire impérial.
La restauration des Bourbons , le retour et la secondechute de Bonaparte, se succédèrent trop rapidement pour