DE PAUL-LOUIS COURIER. l’]
tirer Courier de l’inactivité politique à laquelle il s’étaitcondamné. La catastrophe lui avait paru dès long-tempsinévitable, et peut-être il y voyait à gémir à la fois età espérer. D’ailleurs, un mariage, qui, sur ces entre-faites même, était venu combler tous ses vœux, l’absor-bait en partie. Ainsi, dans ces deux années désastreuses,dont les résultats dominent encore l’époque actuelle,Courierne prit point parti entre Bonaparte et la coalition,entre la vieille cause de Fleurus, qui de lassitude lais-sait tomber l’épée, et celle de Coblentz, hypocritementparée de l’olivier de paix. Mais, voir la France deux foisenvahie, pillée, insultée, mise à contribution, et tousces malheurs, toute cette honte ne tourner d’abord qu’auprofit d’une famille qui trouvait le trône vide et s’y re-plaçait; voir une poignée d’émigrés , vagabonds et men-dians de la veille, se donner l’orgueil et revendiquer inso-lemment l’odieux de ces deux conquêtes ; voir d’affreusespersécutions éclater jusque dans la plus paisible, et detout temps la moins révolutionnaire de nos provinces,contre quiconque n’avait pas refusé un gîte et du pain ànos tristes vaincus de Waterloo ; il n’y avait pas d’animo-sité contre Bonaparte, pas de ressentiment contre latyrannie militaire, pas d’amour du repos et de préférencestudieuse, qui pût tenir à un pareil spectacle, chez unhomme aussi droit , aussi impressionnable que l’étaitCourier. Aussi bientôt se montra-t-il parmi les adversairesdu nouvel ordre de choses. Alors seulement il éprouvaquelque fierté d’avoir autrefois combattu l’étranger dansles armées de la république ; alors aussi il cessa de sedésavouer lui-même comme soldat de l’empire; car àFlorence , à Mayence , a Marengo, à Wagram, c’était le