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Tome premier.
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9.8

ESSAI SUR LA VIE ET LES ECRITS

même drapeau, c’était la même nécessité révolution-naire , vaincre pour n’être pas enchaînés, conquérir pourn’étre pas conquis. 1

En se déterminant à élever la voix et à dire au publicson avis sur les affaires, Courier avait senti, comme unautre , le besoin d’arranger son personnage, et, par unbonheur peu commun, tout dans sa vie passée prenaitsans effort le caractère du patriotisme le plus désintéressé.La singularité si rare d’avoir été quinze ans les armes àla main contre les coalitions et l’émigration, sans obtenir,sans briguer faveur ni titres, sans être d’aucun des partisqui s’étaient disputé le pouvoir, lui devenait d’un mer-veilleux secours pour l’autorité de ses paroles. Ce quiparfois était le fait d’une humeur un peu bizarre, d’unesprit distrait et capricieux, passait sur le compte de lafermeté de caractère et de la supériorité de jugement.Le vigneron de Touraine faisait désormais un mêmehomme avec l’ancien canonnier à cheval. Ce n’étaitplus par hasard, mais par amour du pays, qu’il étaitallé à la frontière en 1792. Ce n’était plus par insou-ciance qu’il était demeuré dans son humble condition,mais par haine du pouvoir qui corrompt. Soldat pardevoir, paysan par goût, écrivain par passe-temps, telil se donnait et tel il fut pris. D’ailleurs ne voulant de lacharte qu’autant que le gouvernement en voulait, niplus ni moins, et ne croyant pas à la subite illumina-

1 Tout ceci a été écrit sous la restauration et n’a pas été poursuivi ;pas un mot n’a été changé: il est bon de le faire remarquer à ceux quiprétendent que sous la restauration on n’attaquait ni la dynastie ni leprincipe du gouvernement, et qu’on se contentait de l’opposition contreles ministres. (Note des éditeurs,')