A.U RÉDACTEUR DU CENSEUR. 87
tout-à-fait dans le bel air de la cour, et vaudraitmieux pour nous que de le voir donner notreargent à des soldats qui communient et noussuicident dans les rues , qui escortent la proces-sion et nous coupent le nez en passant ; à desjuges qui appliquent la loi si rudement aux uns,si doucement aux autres ; à des prêtres qui nenous enterrent que quand nous mourons à leurguise et en restituant. Il arriverait que bientôt,ne comptant plus sur ces gens-là, nous essaie-rions de nous en passer, de nous garder, de nousjuger, de nous enterrer les uns les autres, et, enun besoin , de nous défendre nous-mêmes sanssoldat ; seul moyen , ce dit-on, d’être bien dé-fendus , et tout en irait mieux. La cour passeraitle temps gaiement, sans s’embarrasser de con-tenter les puissances étrangères. Voilà le conseilque je donne à M. Decazes, par la voie de votrejournal. Mais M. Decazes ne vous lit point; iltravaille avec Mademoiselle.
Au reste, il est bien vrai, monsieur , et vousavez raison de le dire , que nous sommes unpeuple religieux , et plus que jamais aujourd’hui.Nous gardons les commandemens de Dieu bienmieux depuis qu’on nous prêche moins. Ne pointvoler, ne point tuer, ne convoiter la femme nil’âne, honorer père et mère, nous pratiquonstout cela mieux que n’ont fait nos pères, et mieuxque ne font actuellement, non tous nos prêtres,