LETTRES PARTICULIÈRES. l43
hommes seuls en ont eu l’honneur. Les officiersde fortune et les bas officiers ont refusé de don-ner , ayant peu d’envie, disaient-ils, de combattreavec la noblesse, et peu de chose à espérer d’elle.Voilà un des récits.
Mais notez en passant que les bas officiers n’ai-ment point la noblesse. C’est une étrange chose:car enfin la noblesse ne leur dispute rien , pas ungentilhomme ne prétend être caporal ou sergent.La noblesse, au contraire, veut assurer ces placesà ceux qui les occupent, fait tout ce qu’elle peutpour que les bas officiers ne cessent jamais del’être, et meurent bas officiers, comme jadis aubon temps. Eh bien ! avec tout cela, ils ne sontpas contens. Bref, les bas officiers, ou ceux quil’ont été, qu’on appelle à présent officiers de for-tune, s’accommodent mal avec les officiers denaissance, et ce n’est pas d’aujourd’hui. -
De fait il m’en souvient ; ce furent les bas offi-ciers qui firent la révolution autrefois. Voilà pour-quoi peut-être ils n’aiment point du tout ceux quila veulent défaire, et ceci rend vraisemblable ledialogue suivant, qu’on donne pour authentique,entre un noble lieutenant de la garnison de Sau-mur et son sergent-major.
Prends ton briquet, Francisque, et allons as-sommer ce Benjamin Constant. — Allons, monlieutenant. Mais qui est ce Benjamin ? — C’est uncoquin, un homme de la révolution. — Allons ,