LETTRES PARTICULIÈRES. t 4 y
se sont laissé faire. — Allez , mon lieutenant,mon camarade; allez devant et m’attendez —Francisque, écoute-moi. Si tu te conduis bien ,que tu sabres ces vilains quand je te le comman-derai, si je suis content de toi, j’écrirai à monpère qu’il te fasse laquais, garde chasse ou por-tier. —- Allez, mon lieutenant. — Oh ! le mauvaissujet. Va, tu en mangeras, de la prison ; je te lepromets.
D’autres content autrement. L’arrivée de Ben-jamin, annoncée à Saumur, fit plaisir aux jeunesgens , qui voulurent le fêter : non que Benjaminsoit jeune ; tuais ils disent que ses idées sont dece siècle-ci, et leur conviennent fort. La jeunessene vaut rien nulle part , comme vous savez ; àSaumur elle est pire qu’ailleurs. Us sortent au-devant du député de gauche , et vont à sa ren-contre avec musique, violons, flûtes, fifres, haut-bois. Les gentilshommes de la garnison , qui neveulent entendre parler ni du siècle ni de sesidées, trouvèrent celle-là très-mauvaise ; et, réso-lus de troubler la fête, attaquent les donneursd’aubade, croyant ne courir aucun risque. Mais,en ce pays-là , la garde nationale ne laisse pointsabrer les jeunes gens dans les rues ; aussi n’est-elle pas commandée par un duc. La garde natio-nale armée fit tourner tète aux nobles assaillans ,qui bientôt, mal menés , quittent le champ de ba-taille en y laissant des leurs. Tel est le second récit.