148 LETTRES PARTICULIÈRES.
A Nogent-le-Rotrou , il ne faut point danser, niregarder danser , de peur d’aller en prison. Là ,les droits réunis s’en viennent au milieu d’unefête de village exercer ( c’est le mot, nous appe-lons cela vexer') ; on chassse mes coquins. Gen-darmes aussitôt arrivent; en prison le bal et lesviolons, danseurs et spectateurs , en prison toutle monde. Un maire verbalise ; un procureur duroi ( c’est comme qui dirait un loup quelque peuclerc) voit là-dedans des complots, des machi-nations, des ramifications! Que ne voit pas lezèle d’un procureur du roi ! Il traduit devant lacour d’assises vingt pauvres gens qui ne savaientpas que le roi eût un procureur. Les uns sontartisans, les autres laboureurs, quelques-uns pa-rens du maire, tous perdus sans ressource. Quisèmera leur champ ? qui fera leurs travaux, pen-dant six mois de prison ou plus ? qui prendrasoin de leurs familles ? Et sortis, s’ils en sortent,que deviendront-ils après? mendians ou voleurspar force ; nouvelle matière pour le zèle de M. leprocureur du roi.
Ici scène moins grave; il s’agit de préséance.A l’église c’était grande cérémonie , office pon-tifical, cierges allumés , faux bourdon, proces-sion , cloches en branle; le concours des fidèleset cet ordre pompeux faisaient plaisir à voir. Aubeau milieu du chœur, deux champions couvertsd’or se gourment , s’apostrophent. Ote-toi. —