334 RÉPONSE AUX LETTRES ANONYMES
plein ; je le confesse, à ma très grande honte, etpourtant de plus fins y ont été pris comme moi.De ma vie, sans la Charte, je n’eusse imaginé deparler au public de ce qui l’intéresse. Robes-pierre , Barras, et le grand Napoléon, depuisplus de vingt ans, m’avaient appris à me taire,Bonaparte, surtout; ce héros ne trompait pas.Il ne nous baillait pas le lièvre par l’oreille, ja-mais ne nous leurra de la liberté de la presse nid’aucune liberté. Un peu Turc dans sa manière,il mettait au bagne ce bon peuple, mais sans l’a-buser le moins du monde, et ne nous cacha pointsa royale pensée, qui fut toujours d’avoir en pro-pre nos corps et nos biens seulement. Des âmes,il en faisait peu de cas. Ce n’est que depuis luiqu’on a compté les âmes. Voulant parler toutseul, il imposa silence à nous premièrement; puisà l’Europe entière ; et le mQjg^e se tut : personnene souffla, homme ne s’eïF^laignit ; ayant celade commode, qu’avec lui on savait du moins àquoi s’en tenir. J’aime cette façon, et j’ai tâté del’autre. La Charte vint, on me dit : parlez, vousêtes libre, écrivez , imprimez ; la liberté de lapresse et toutes libertés vous sont garanties. Quecraignez-vous? Si les puissans se fâchent, vousavez le jury et la publicité, le droit de pétition ;vos députés à vous, élus, nommés par vous. Usne souffriraient pas que l’on vous fasse tort. Parlezun peu pour voir; dites-nous quelque chose. Moi