LETTRES INÉDITES ,
jolie femme prendrait pour de la cajolerie, maisvous, monsieur, vous savez bien que c’est la purevérité. Il est heureux pour moi sans doute quevous habitiez justement le pays que je préfère àtout autre ; mais fussiez-vous en Sibérie, dès queje me sens libre, j’irais droit à vous.
J’ai dû vous marquer , si tant est que je vousaie écrit de Milan, comme arrivé là je quittai sa-gement mon vilain métier. Mais à Paris, un ha-sard, la rencontre d’un homme que je croyaismon ami,
Et, je pense ,
Quelque diable aussi me poussant,
je partis pour l’armée d’Allemagne, dans le des-sein extravagant de reprendre du service. La for-tune m’a mieux traité que je ne méritais, et, toutprès d’être lié au banc, m’a retiré de cette galère.Je vous conterai cela quelque jour. Ce n’est pasmatière pour une lettre. Dès que les chaleurs ces-seront, je descendrai de ces montagnes pour allerpasser l’hiver avec vous. Cependant écrivez-moi,si peu que vous voudrez, mais écrivez-moi. Deuxmots de votre main me seront un témoignage del’état de vos yeux, et suffiront pour m’apprendrecomment vous vous portez.