254 LETTRES INÉDITES,
les environs en voiture (oùles voitures pouvaientaller), le reste à pied; tout me convenait à causede la compagnie ; on riait à n’en pouvoir plus,on causait gaiement. J’osai bien leur parler deleur vilain pays, dont je recueillis là en passantquelques notions assez curieuses. Je fus ainsideux jours avec eux sans m’ennuyer ; après quoitoute cette famille, prince, princesse, petits prin-ces, valets et servantes fort jolies, tout cela partiten trois carrosses pour les eaux de Baden, et par-tira peut-être quelque jour en un seul tombereaupour la Sibérie. Ce fut la réflexion que je fis sansla leur communiquer.
Sur le lac, Dieu m’est témoin que je pensai àmes amis des bords du Rhin, vous compris et entête, si vous le trouvez bon, et voici comment j’ypensai tout naturellement : je regardais les eauxde ce lac transparentes comme le cristal, cellesde la Limate en sortent et vont se jeter dans leRhin. Vous voyez, monsieur et madame, commemes pensées, en suivant l’onde fugitive, arrivaientdoucement à vous. Les vôtres n’auraient-ellespas pu remonter quelquefois le cours de l’eau ?Cela n’est pas si naturel; aussi n’osai-je m’enflatter.
Après le départ de mes Russes, je ne fus paslong-temps sans trouver une autre occasion aussipeu coûteuse que la première pour venir à Lu-cerne , en reprenant ma direction vers l’Italie.