254 LETTUES INÉDITES,
Vous voulez donc bien, madame, vous intéresserà mes courses; je n’en ai fait jusqu’ au 3o septembrequ’aux environs de mon ermitage. J’ai vu dans leshautes Alpes ces gens qui vivent de lait et igno-rent l’usage du pain ; ils paraissent heureux. Jevous dirai l’année prochaine ce qui en est; car jecompte passer l’été avec eux, et descendre aprèsen Alsace. J’ai fait sur mon lac de Lucerne desnavigations infinies. Ses bords n’ont pas un ro-cher où je n’aie grimpé pour chercher quelquepoint de vue, pas un bois qui ne m’ait donné del’ombre, pas un écho que je n’aie fait jaser millefois ; c’était ma seule conversation, et le lac monunique promenade. Ce lac a aussi ses nymphes;il n’y a si chétif ruisseau qui n’ait la sienne,comme vous savez. J’en vis une un jour sur larive. Je ne plaisante point. J’étais descendu pourexaminer les ruines du fameux château de Haps-hourg; mais je vis autre chose que des ruines.Une jeune fille jolie, comme elles sont là presquetoutes, cueillait des petits pois dans un champ ;leur costume est charmant, leur air naïf et ten-dre, car en général elles sont blondes, leur teintun mélange de lis et de roses; celle-là était biendu pays. J’approchai. Je ne pouvais rien dire, nesachant pas un mot de leur langue; elle meparla, je ne l’entendis point. Cependant comme,en Italie, où beaucoup d’affaires se traitent parsignes, j’avais acquis quelque habitude de cette