266 LETTRES INEDITES,
Quoique la mienne ne fût pas fort calme, j’avaispourtant très-bien remarqué que ce fichu auquelon tenait tant ne tenait lui-même qu’à une épin-gle assez négligemment placée ; et profitant d’uneattitude qui ne permettait nulle défense, j’enlevaid’une main l’épingle et de l’autre Le fichu, commesi de ma vie je n’eusse fait autre chose quedéshabiller les femmes. Ce que je vis alors, aucunvoyageur ne l’a vu, et moi je rie profitai guèrede ma découverte, car la belle aussitôt s’enfuit,laissant à mes pieds son panier et son chapeauqui tomba; et je restai le mouchoir à la main.Quand elle s’arrêta et tourna vers moi ses yeuxindignés, j’eus beau la rappeler, prier, supplier,je ne pus lui persuader ni de revenir ni de m’at-tendre. Voyant son parti pris, qu’y faire? Je misle fichu sur le panier avec le chapeau, et je m’enallai, mais lentement, trois pas en avant et deuxen arrière, comme les pèlerins de l’Inde. A me-sure que je m’éloignais elle revenait, et quandje revenais elle fuyait. Enfin, je m’assis à quelquedistance, et je lui laissai réparer le désordre desa toilette, et puis je me levai, et je sus encorelui inspirer assez de confiance pour me laisserapprocher. Je n’en abusai plus. Nous ramassâmesensemble la récolte éparse à terre, et je plaçaimoi-même sur sa tête le panier que ses doigtsseuls soutenaient de chaque côté; alors figurez-vous ses deiix mains occupées, mêlées avec les