328 LETTRES INÉDITES,
prié de ne dire mot de moi ni de mes œuvres;mais sans doute il aura voulu secourir un op-primé et me défendre un peu, voyant que je neme défendais pas moi-même.
Je passe ici mon temps assez bien avec quel-ques amis et quelques livres. Je les prends commeje les trouve, car si on était difficile, on ne liraitjamais, et on ne verrait personne. Il y a plaisiravec les livres, quand on n’en fait point, et avecdes amis, tant qu’on n’a que faire d’eux. J’ai re-noncé aux manuscrits. C’est une étude trop pé-rilleuse. Ceux du Vatican s’en vont tout douce-ment en Allemagne et en Angleterre. Le pillageen fut commencé par le révérend père Altieri, bi-bliothécaire. Il les vendait cher, cent dix sous lecent , comme Sganarelle ses fagots. Je crois qu’onles a maintenant à meilleur marché. Mais notezceci, je vous en prie. Altieri vend les manuscritsdont il a la garde ; il est pris sur le fait ; on trouvecela fort bon ; personne n’en dit mot ; on luidonne un meilleur emploi. Moi je fais un pâtéd’encre, tout le monde crie haro! J’ai beau dé-penser mon argent, traduire, imprimer à mesfrais un texte nouveau, je n’en suis pas moinspendable, et rien que la mort n’est capable , etc.Je vous embrasse. Mille respects à madame Cla-
vier.