par un torrent et bordée de montagnes qui se lient vers l’horizon à plusieurs autres dont leschaînes étagées se développent en une perspective immense. Il est peu de beautés naturelles d’un effetplus grand et plus imposant. Le village de Pancrata n’est pas très-éloigné du lieu où se déploiecette vue remarquable. Nous n’y trouvâmes contre les intempéries de l’air qu’un mauvais toit laissantpassage à l’eau, et sous lequel il nous fallut disputer l’espace aux animaux domestiques qui partageaientavec le maître et ses enfants leur demeure sale et étroite.
On rencontre alternativement sur la route deux khans, un hameau et plusieurs villages. Celui de Némi-nitza, situé au-dessus d’un torrent sur le penchant d’une montagne, était désert. Ses habitants, presquetous pâtres, étaient partis pour conduire leurs troupeaux dans les plaines basses de la Morée , du côtéde Coron et de Modon. C’est ainsi que tous les hivers ils fuient leur pays pour se soustraire aux neigesdont il est couvert dans cette saison. Nous trouvâmes cependant dans le village un jeune ménage quivoulut bien nous donner l’hospitalité. Une pluie continuelle et des brouillards épais nous empêchèrentde parcourir cette route de manière à en pouvoir détailler l’itinéraire. Ayant laissé derrière nous levillage de Sary, nous atteignîmes Palamiri, autre village où notre approche causa l’effroi parmi leshabitants : les femmes de crier, les enfants de fuir en pleurant. Quoi qu’il pût en advenir, nous péné-trâmes dans une maison, et nous nous installions devant la flamme du foyer envahi, quand un vieillard ,s’étant approché de nous, nous demanda, après diverses autres questions, si nous étions chrétiens, etapprenant que nous avions une recommandation du président, il nous accorda obligeamment l’hospitalité.
En se dirigeant de là à l’O., vers Caritène, on aperçoit toute la campagne de Mégalopolis et une partiedu cours de l’Alphée ; du S.-O. au N.-O., on découvre les montagnes du Taygète, celles de la Messénie ,le mont Diarforti ou Lycée, et les montagnes de Caritène. L’ensemble de cette vue est immense etd’un aspect magnifique. On traverse l’Alphée sur le pont de Caritène. En remontant le long du coursde ce fleuve, nous rencontrâmes un groupe de cavaliers entourés d’hommes à pied tous armés defusils et de pistolets. Ils étaient précédés d’un enfant porteur d’un drapeau blanc orné d’une petitecroix rouge; et allaient en chantant chercher une mariée à un village voisin. Dans le désir de nousfaire partager leur joie, ils s’arrêtèrent et nous engagèrent à boire, en nous présentant un vase oùchacun puisait à son tour.
Rien de remarquable jusqu’à un point de la route où l’on a une belle vue de la plaine de Stény-claria, de l’Ithôme et des montagnes de Pétalidi. Nous traversâmes ensuite plusieurs villages, ainsique le Pamisus pour revenir à Nisi (voyez volume I, p. 18)*, et enfin à Navarin, où nous rentrâmesle 29 décembre : là se termina notre excursion, qui avait duré dix mois.
Ce fut à Navarin que nous nous embarquâmes pour revenir en France , après avoir effectué unvoyage dans lequel nous avions été constamment exposés aux dangers des bivouacs et aux influencespernicieuses du mauvais air qui désole ces belles contrées. Lorsque nous arrivâmes dans la Grèce ,elle venait de reconquérir sa liberté par une guerre désastreuse; l’agitation qui suit toujours une révo-lution faite les armes à la main, était encore violente, et c’est dans ces circonstances, et sous la protec-tion de l’armée française, que nous étions venus explorer ce beau pays, le plus riche du monde en sou-venirs historiques, et où l’on rencontre à chaque pas des monuments d’art qui attestent sa grandeurpassée.
* DISTANCE DE VASILICA A NISI.
A 3 o minutes, vers le N.-O., on voit les ruines d’un port antique. A 2 h. 3 m., à droite une église antique. A 28 m., le village deSouli.A 2 h. 45 m., vers le S.-O., Klementi, village. A 3 h. 22 m., Raliani, village. A 1 h. a 5 m., à gauche, un aqueduc ruiné antique, ouconstruit avec des pierres provenant d’un monument antique. A 10 m., ruines d’une grande église vénitienne. A 9 m., on voitKionia,village. A 8 m., sur la gauche, les ruines de Stymphale. A 2 h. 45 m., on arrive au-dessus du lac Phonia. A r h. i 5 m., Machia, village.A 1 h. 27 m., le village de Phonia. A 4 h., on arrive à Lyeouria. A 2 h. 3 o m., Pancrata, village. A 3 h. 48 m. une fontaine sous debeaux rochers. Passage pittoresque. A 4 h. 5 m., Néminitza, village. A 6 h. 45 m., Palamari, village. A 2 h. 12 m., on traverse l’Alphéesur le pont de Caritène. A 5 h. 5 g m., vue de la plaine de Stenyclaria, du mont Ithôme et des montagnes de Pétalidi. A 6 h. 1 2 m., ontraverse le Pamisus. A 56 m., une fontaine. Fragment de route pavée. A 2 h., Nisi.
Total de la distance , 52 h. 56 m.