Cette inscription a été publiée par M.'Boeckh, en i 832, dans leBulletin de l’Institut de correspondance archéologique', d’après unecopie qu’il tenait du colonel Prokesch, qui l’avait reçue lui-même d’unGrec nommé Musuros. Il y a joint un commentaire qui servira debase aux observations que je vais présenter sur ce monument curieux.
Le Satyrus auquel les Téniens décernent pour la seconde fois unestatue, appartenait à l’une des familles les plus distinguées de l’île;c’est ce dont ne permettent pas de douter deux des inscriptions quiprécèdent 2 . Ainsi l’une d’elles nous a fait connaître un Satyrus, filsde Philinus 3 , récompensé pour ses libéralités; une autre^, Satyrus,fils d’Héphestion , grand prêtre des Augustes, élevant une statue àAntonin. Et ce qui prouve mieux encore l'illustration et l’antiquitéde cette famille, c’est qu’on la retrouve mentionnée sur deux cata-logues de magistrats, antérieurs à la domination romaine. Sur lepremier 5 , Satyrus, fils dePhiloclès, figure comme TpaTTE^iV/iç, et surle second 6 , un autre Satyrus est au nombre des 7upaxTop£i;, dignitésqui expliquent peut-être la richesse de la famille. Le nom d’Aureliusque porte ici le fils de Théophile prouve qu’il est le plus récent de tous.
L’île de Ténos avait pour magistrat suprême un archonte qui don-nait son nom à l’année où il était en charge ; il prenait le titre d’apywvGTe<pavv!<popoç 7 et nous l’avons vu aussi désigné par celui d’e7rcovup!.oç 8 .Aurelius Satyrus avait deux fois rempli cette magistrature.
La formule Iti p/fiv que présente la ligne 8, est peu commune, etM. Boeckh remarque qu’on s’attendrait plutôt à en ^ xm ; mais Iti( xviv peut se défendre, puisque, d’après le témoignage de ThomasMagister9, pcvjv équivaut à : or, rien de plus commun que la formuleéti èï. Quant à È7Tt(/.£}.Y|Gap.svov pour èmp.eV/iGévTa, cette forme, bienque d’un usage plus récent, a pour elle un grand nombre demonuments.
Les Aiovugou obco:, dont il est ici question , ne désignent pas, sui-vant M. Boeckh, le temple de Bacchus, mais bien les salles où secélébraient les mystères; de même que par £pûGtv il faut entendreles ministres de ce culte secret. L’absence de l’article a quelque chosequi choque ; mais l’état de la pierre ne permet pas de lire toî; &p«Givqui serait plus régulier.
Le mot £tavof/.ï! se rapporte à ces distributions d’argent dont nousavons plus haut un exemple remarquable io . La formule eXatov ôévvase retrouve dans deux inscriptions d’Argos 11 .
6 .
Inscription gravée sur le pubis d’un kermès en bas-relief encastrédans le mur d'une maison 1 , et reproduite d’après l’estampagepris par M. Blouet. (Voyez pl. 17, fig. II.)
ATABH TYXHETI NAYAPXCJYAPOAAWNIAOY TOYANTEAoY PPWTMANoC KAIPPAMMATEWC AAMaIMoCIEPOY PYOlWMoC
IATPoY lEPAKoC
cDIAWN MOCXoYÏT
TAYPoY a
IsEIKHTDY TPYcPWNŒ <DAABIoYPEPirENOYCNEIKHTOYZWIAoYEYMBIWCIC 0IAIA
Inscr. 5. — ‘P. 55 et suiv.
2 P. 3 et 4.
3 Corpus Iriser, gr., n° 9 . 336 . C’est notre n” 1.
4 Voyez p. 4, n° 4.
5 Corpus, n° 2 o 5 .
6 Ibid., n° 206.
7 Boeckh ad n. 223o, t. II, p. 262 , col. 2.
8 P. 3 , n° 3 .
2 P. 61 5 .
’° P. 1, n° 1.
X. IJI. - Inscriptions.
AyaOîi Ttiyy), èirl vauap^ou ÀTroXXom&ou tou... otyyéXou, npomwvoç , '/.alypap.p.aTEtoç Aap.tovoç, ÎEpoù HuGùovoç, îarpoC îspaxoç, iptXwv MoGyouvswTspou, Ta’jpou Cÿ NsixyfTou Tpd<pwvoç, ibXaëtou Ilepiyevouç, NeixyfrouZühXou , GUp-ëltoG IÇ fllix.
A la bonne fortune.
Apollon 1 de...., étant navarque, étant messager Prolion, grefferDarnon, prêtre Pjthion , médecin Hièrax, confraternité, amitiédes amis : Moschus le jeune, Taurus, Nicétas fils de Trjphon,Flavius Périgénès, TSicètas fils de Zoïle.
M. Boeckh a publié cette inscription à la suite de la précédente 2 .Il la tenait de la même source; et M. Musuros, qui l’avait aussi com-muniquée au colonel Prokesch, affirme quelle a été trouvée à Ténos ,d’où il résulte que M. Blouet a eu tort de ranger l’hermès sur lequelelle est gravée parmi les monuments de Delos .
Cet hermès, dont la tête et le bras droit manquent, était sansdoute celui d’un Hercule , à en juger par la peau de lion attachéesur les épaules à l’aide des ttwiWve; 3 et retombant en plis sur lebras gauche qu’elle entoure A
Du reste, l’inscription ne jette aucun jour ni sur la nature de cemonument, ni sur le motif qui l’a fait consacrer, et présente parelle-même plus d’une difficulté. Ce monument paraît être, en effet,unique dans son genre. M. Boeckh pense que quelques hommes deTénos s’étaient réunis pour vivre en commun, et former une con-frérie désignée sous le nom de «ptXwv ouptëtioci;, de même que tantd’autres corporations semblables sont appelées guvo&oç, xoivov, Gfaoo;,Ipavo;. Le n° 1.26 du Corpus , ajoute-t-il, contient les statuts d’unesociété de ce genre, qui, comme celle de Ténos , paraît n’avoir euaucun caractère public; et cela admis, les mots cuptêtwGiç <pAia neforment pas par eux-mêmes un sens complet : Gratum est contu-berniurn, mais il faut sous-entendre to^s to ayaXp.a àvÉÔr.xE. Pourmoi, je ne puis m’empêcher de comparer ce monument aux n os 2702,2706 du Corpus , où plusieurs noms propres au génitif, ordinaire-ment cinq comme sur notre hermès, sont suivis du mot <piX£a; d’oùje serais porté à croire qu’ici, dans gu ptëùaoiç <ptXta, le second motn’est point un adjectif, mais un substantif formant apposition, et quede tous deux dépend le génitifçtXwv et les cinq noms qui le suivent;alors il n’y aurait plus lieu d’admettre l’ellipse to'^e to ayaXpta ccveQtixev.Resterait à expliquer pourquoi cette inscription est gravée sur unestatue d’IIercule. Ne serait-ce pas parce que ce dieu fut sur la terreun modèle d’amitié?
Quoi qu’il en soit, on ne peut affirmer avec certitude quel était lenombre de ces amis : les mots «PXaëtou n£ptyÉvou; paraissent n’en dési-gner qu’un seul, et chacun des deux Nicétas est désigné par le nomde son père pour éviter toute confusion. En pareil cas, l’article toûpourrait sembler nécessaire devant le nom du père ; mais il est sou-vent omis.
Celte société paraît avoir été composée de marins, et c’est sansdoute pour ce motif que le navarque est considéré comme éponyme;car à Ténos ce n’est pas le navarque, mais bien l’archonte stépha-néphore qui, comme j’ai eu l’occasion de le remarquer plus haut,donne son nom à l’année, bien qu’il soit constant que dans d’autresvilles, et par exemple à Abydos , le navarque était aussi éponyme 5 .
Le nom du navarque est contenu dans la ligne 3 : ÀtcoXXwvuÎou tou....M. Boeckh pense que si tou existe réellement sur la pierre, il devaitêtre suivi du nom du père qui aura disparu; qu’autrement, s’il nemanque rien, toù n’est peut-être pas la véritable leçon et qu’il faut
" Corpus Iriser, gr., n 01 1122, ii 23 . J’ai expliqué la i re , t. II, p. 96 et suiv.
Inscr. 6. — 1 A la suite de la copie communiquée à M. Virlet, on trouvele renseignement suivant : Eù to xoctio uipo; ttk xoiXi'aç Évoç àyaXp.aTOç, si; eTSoçxapudxiSoç £Î? Tvjvov.
2 Ann. de TInst. arch., i 832 , p. 56 et suiv.
3 Théncr.XXII, 52 .
4 La copie remise à M. Boeckh était sans doute bien informe, car ce savant apris pour un gouvernail cette partie de la peau de lion qui couvre le bras gauche.
5 Corpus Inscr. gr., n° 2160.
3