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Essayons de fixer la date de ce monument.
La formule ètri ^poTavio; prouve, avant toute chose, que notre ins-cription est postérieure à l’époque où la royauté fut abolie à Lesbos (vers l’Ol . XLVIII, av. J.-C., 588) 3 et remplacée par-des magistratsportant le titre de prytanes. D’un autre côté, la mention faite d’An-tissa, à la ligne 3, ne permet pas de porter nos recherches audelà de l’an de Rome 585 (av. J. C. 167) où, pour la punir de s’êtremontrée favorable à Persée, roi de Macédoine, Labéon fut envoyé àLesbos avec l’ordre de détruire la ville coupable et d’en transporterles habitants à Méthymne 4, ce qui a fait dire à Pline ® d’une manièreun peu énigmatique, il est vrai : Antissam Melhymna traxit inse ipsam. C’est donc entre les années 588 et 167 av. J. C que doi-vent se renfermer nos recherches.
Je ne tirerai aucune déduction bien rigoureuse de la forme deslettres qui ne paraissent pas avoir été copiées avec une très-grandeexactitude. Les O, les 0 et les £l sont, il est vrai, généralement 6 pluspetits que les autres lettres, comme dans l’inscription 98 du Corpus ,qui porte la date certaine de l’archontat d’Hégesias , et qui appartientpar conséquent à l’Ol . CXIY, 1, ou 324 av. J. C. ; mais une inscriptionde Délos dont nous allons bientôt nous occuper?, et qui est, suivanttoute probabilité, du règne dePtolomée Philadelphe, donne, ainsi quedeux inscriptions de Titus Quintius Flamininus 8 , qui doivent êtreplacées entre l’an de Rome 55g et 56o(ig5 ou 194 ansav. J. C.), lieuà la même remarque. On ne peut donc déduire de ce fait 9 aucuneconclusion bien satisfaisante ; seulement on est suffisamment autoriséà admettre, sur cette seule donnée comme aussi sur la forme du Zde la ligne 9 10 et sur celle du 2 de la ligne i3 toutes deux assez an-ciennes ”, que notre inscription peut se placer entre la dernièremoitié du quatrième siècle et le commencement du deuxième.
Si le temps nous avait conservé le traité de Phanias d’Erèse sur lesprytanes de sa ville natale I2 , nous y trouverions sans doute desrenseignements certains sur la question qui nous occupe ; mais àdéfaut de ce document si regrettable, la forme antique Tuporavtç qu’onne rencontre point dans les monuments lesbiens postérieurs à l’époqued’Alexandre 13 , prouve que notre inscription doit être plus ancienneque le troisième siècle avant notre ère. Il est d’ailleurs une autre
3 Voyez Plehn, op. cit., p. 5o.
4 Tite-Live XLV, 3i.
5 H. N.Y, 3i.
6 L’extrême netteté des caractères porte à croire qu’il n’y a pas d’exceptionà cet égard sur l’original.
7 Voyez plus bas n° 4 , p. 28
8 Corpus Inscr. gr,, i3î5 et 1770.
9 « Scipio Maffeius, ... quum multos in inscriptionibus versandis annos con-sumpsisset, fatetur in Crit. Lapid. III, 1, 2, communem quidem et a se sæpeauditam sententiam esse, Græci monumenti scriptura inspecta intelligi probe,ante AJexandrum an postea, Roma libéra an Imperatorum ætate, secundo Christisæculo an tertio, Justiniano imperante an sequiori ævo marmor insculptumfuerit; sibi tamen identidem hæc perpendenti ac monumenta varii generis per-lustranti incertissima visa esse omnia fallacibusque regulis plena. Quod judi-cium prudentissimum etc.» Boeckh, Corp. Inscr.gr., 1.1, p. 1.
•° On la trouve déjà dans l’inscription 73 du Corpus que M. Boeckh placeavant l’Ol . 83 ou 84, vers 444 ans av. J. C.
11 Peut-être les copistes auront-ils lu 0) là où il fallait lireM, l’ancienneforme du 2 , conservée dans le mot xuGiq'icrzot; par un motif religieux, oucomme trace d’un ancien usage. Voyez sur la forme du 2 dans les monu-ments archaïques, M. Boeckh, Corpus Inscr. gr., t. I, p. 20, et n os 1-6.
Du reste 07 est aussi une ancienne forme du 2 , qui nest pas sans exemple.Voyez l ’Elite de monuments céramograpkiques , publiée par MM. Ch. Lenor-mant et J. de Witte, pl. XXIV, fig. B.
n Athen. VIII, p. 333 A. tbavia; foüv lv SeuTÉpoJ irpuvavswv ’EpEsùov t. 1 . Cf.Ger. Jo. Vossius , de Hist. gr., I, 9, p. 84 de la nouvelle édition publiée parM. Ant. Westermann, Lips., i838, 8°, et Plehn, op. cit., p. 93.
lJ On la trouve dans une inscription lesbienne de 1 année même où mourutAlexandre {Corp. Inscr. gr., n° 2166), et M. Boeckh a eu grandement raisonde la conserver, quoique la correction irpuTaviç se fut présentée à son esprit. Cettedernière forme, au contraire, se rencontre dans une inscription de Mylilène(Corpus, n° 2189) que M. Boeckh paraît placer entre le règne d’Auguste et celuides Antonins.
14 Lettre 10, p. 736 etsuiv., ed. Reisk.
■ 5 J’avoue que, malgré mon respect pour Taylor, je serais disposé à réclamerT. jll, - Inscriptions.
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donnée qui peut, jusqu’à un certain point, venir à l’appui de cetteopinion. Lun des amis est dit fils du fleuve Scamandre (car c’estlà, si je ne me trompe, ce qu’il faut entendre par tw Szaptav^pw ,1 ai ticle ne se trouvant devant aucun autre nom propre) et parconséquent devait être le fruit de l’une de ces supercheries dontEschine , dans l’une de ses lettres *4, nous a si agréablement ra-conté un exemple. Or, s’il est permis d’admettre que cette lettre soitvéritablement d’Eschine l5 , on peut présumer que le scandale donnépar Cimon dut éveiller l’attention des magistrats, et que, depuis, lesvierges qui, la veille de leurs noces, vinrent offrir leur virginité aufleuve sacré, ne furent plus exposées à ce que leurs enfants se quali-fiassent de fils du Scamandre. D’où l’on pourrait encore conclure,sans cependant attacher trop d’importance à cet argument, que notreinscription est antérieure à l’année 33o où Eschine fut condamnéà l’exil.
Le nom du mois indiqué ligne 4, s’il nous était parvenu entier,aurait pu encore nous guider dans la recherche qui nous occupe.En effet, si c’était le mois Aai'cio;, on ne saurait douter que ce mo-nument n’appartienne à l’époque où la domination et les usages de laMacédoine s’étaient étendus sur toute l’Asie , et les conjectures que jeviens d’émettre se trouveraient détruites; mais rien ne prouve que cetterestitution soit la seule possible, et qu’avant les conquêtes d’Alexan-dre les Lesbiens n’aient pas eu un calendrier spécial dont l’un desmois portât un nom commençant par les deux lettres AA, commele mois Aaizarpio; des Béotiens, par exemple l6 . L’argument que peu-vent fournir les deux premières lettres de ce nom de mois n’a doncqu’une force très-hypothétique; tandis que celui qu’on est autorisé àtirer de la forme irpoxavi; paraît sans réplique daus l’état actuel dela science *7.'
Ainsi donc tout porte à croire que l’inscription dont nous nousoccupons est antérieure au troisième siècle avant notre ère, que parconséquent l’origine des associations d’amis est bien plus ancienneque l’époque macédonienne 1 7 l ‘‘. Ce qui ne permet pas d’en douter,c’est l’exemple que nous en offre le bataillon sacré 1 ® formé à Thèbes par Gorgidas, le contemporain, l’ami d’Épaminondas '9, et qui secomposait de 3oo hommes unis entre eux par les liens d’une affection
contre la proscription dans laquelle ce savant critique a enveloppé toutes leslettres attribuées au rival de Démosthène . Bien que Markland ait déclaré celledont il s’agit plus digne d’Aristénète que d’Eschine , je n’y vois rien qui n’y soitdigne d’un écrivain distingué. Sans doute elle faisait partie des neuf lettres quePhotius , Biblioth. cod. LXI, regarde comme authentiques et que l’antiquité ap-pelait les neuf muses.
16 Voyez Ideler, Handbuch der Chronologie , t. I, p. 354, et Boeckh, CorpusInscr. gr., t. I, p. 732, et suiv. Sur le lien de parenté qui unissait les Lesbiens etles Béotiens, voyez plus bas la note 32, p. 26.
17 Cette forme est, du reste, la seule notion nouvelle qu’on puisse ajouter acelles qui ont déjà été recueillies sur le dialecte éolien. Voyez Greg. de Cor. deDial., p. 572 et suiv. ed. Schæfer, Plehn, op. cit. c. IV, § 3, p. 126 et suiv., l’abbéBelley sur les inscriptions de Cyzique publiées dans le Recueil d’antiquités deCaylus, t. II,p. l83 ; et Boeckh, Corpus Inscript ., t. II, p. 188 et 18g. Nul douteque si ce monument nous était parvenu complet, il n’eût fourni de nouvelleslumières sur cette question philologique.
’ 7i " J’avais, à l’occasion du monument publié p. 5,conçu une opinion diffé-rente; mais les recherches auxquelles jemesuis livré au sujet de l’inscription quinous occupe, m’ont conduit à modifier les idées que je m’étais faites à cet égard.
18 Plutarque, V. de Pélop., c. 18 - 20 ; Athen. XIII, 561 F et 602 A; Polyen ,Stratag. II, 5, 2, p. 58, ed. Coray. Xénoph., Hetlcn.Yll, 1, 19, paraît les désignerpar le mot liu'Xexxoi dont se sert aussi Plutarque : êç dvSpSiv et nXixxMv Tpiootocùov.
Cf. Barthélmy, Voyage du jeune Anacharsis, ch. XXXIV. Wachsmuth, Hcll.Alterthumskunde, i ,er Th., 2 lc Abth., § 72, p. 285. Petr. Adr. Koppius ,Spécimenhistor. exhibens hisloriarn rcipubl. Bœotorum. Groningæ, i836, in-8°, p. 116et 117. — Athénée XIII, p. 602, A, attribue cette institution à Épaminondas :peut-être n’est-ce pas sans raison; car bien que Plutarque et Polyen s’accordentpour désigner Gorgidas comme en ayant été le fondateur, il est assez probablequ’Ëpaminondas , ami de Gorgidas, attaché au même parti politique que lui(voyez Plut., de Genio Socr., t. VIII, p. 347 et 36i, ed. Reiske), et de plusimbu des doctrines pythagoriciennes, ne fut pas étranger à la création d’un corpsd’élite qui devint sous ses ordres l’un des plus fermes remparts de Thèbes .
19 Plut, V. de Pélop. 12 et 18. Dans les anciennes éditions de Polyen il est ap-pelé Gorgias , mais Casattbon avait déjà reconnu la faute que Coray a corrigéed’après deux manuscrits.
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