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réciproque 50 qu’ils se juraient, au témoignage d’Aristote 51 , sur letombeau d’Iolaüs , l’ami d’Hercule et le compagnon de ses travaux 55 .Cette association fut vraisemblablement un reflet de la société ouhétairie pythagoricienne 53 , cette franc-maçonnerie de l’antiquité,qui avait ses lois et ses signes de reconnaissance (aup.êo^a 2 4). On saitque le pythagoricien Lysis , obligé de quitter la grande Grèce parsuite des persécutions auxquelles sa secte était en butte depuisla mort de Pythagore 25 , s’était réfugié à Thèbes , y avait fondéune école, et avait eu Épaminondas pour disciple 56 . Il est pro-bable qu’il fit sentir à ce grand homme et à ses amis tout l’avantaged’une association fondée sur le dévouement 2 7 et sur l’honneur 58 , etque, d’après ses conseils, Gorgidas créa le bataillon sacré qui con-tribua si efficacement aux progrès de la puissance thébaine , et qui enmourant à Chéronée arracha des paroles d’admiration au vainqueur 2 9?
L’institution 11 e disparut pas avec ces généreuses victimes : Aris-tote, ainsi que nous l’apprend Plutarque 30 , le disait formellement 31 ;mais désormais, sans but politique, elle dut devenir moins impor-tante et se borner à des relations d’amitié, à des preuves de dévoue-ment réciproque, comme toutes celles dont les inscriptions grecquesnous ont révélé l’existence, et qui, presque toutes, appartiennent àces temps malheureux où les Grecs se survivent à eux-mêmes,mais où il n’y a plus de Grèce .
L’association de Lesbos avait-elle, comme celle de Thèbes , uneorigine pythagoricienne? Les rapports intimes qui existaient entreles Doriens et les Eoliens, et surtout le lien de parenté qui unis-
2 ° Plut., op. cit., c. 18. “Evioi Si tpastv e; IpaTTtôv xal Iptopsvtov yevÉaSai t b aû-T-7jp.cc touto. Ibid.’ Es; IpcoTixîj; tpiXua; <ruvT)pp.oap.Évov <7x£cpoç. Cf. Polyen . et Atlien., 1. c.On a prétendu que les 3oo amis du bataillon sacré étaient unis par cet amourinfâme malheureusement si commun dans l’antiquité (Cf. Koppius, op. cit.,p. i3, note 2, et p. 17, note 1 ) ; mais c’est une idée difficile à admettre, et àceux qui la partagent on peut répondre par le mot de Philippe que nous auronsbientôt occasion de citer (note 27).
21 Cité par Plut., loc. laud.,
17 Ibid. Asysiat oè xal tov ’IoXsojv tou 'HpaxXs'ou; sptopivov ovtoc xoivmveïv tmvxOXtov xal TrapacTii'Çeiv.
23 C’est l’expression dont se sert Plutarque , de Gen. Socr., t. VIII, p. 3o/ ( ,
Reiske. ’Eirsi yàp ai xatà tto'Xei; Ixatpi'ai (mel. frcupst'at) rîiv IluOayopixôiv
TTaOct xpar/jOsvTOJV x. t X.
24 Iamblichus , Fie de Pythagore , § 237 et 238, en cite un exemple trop cu-rieux pour ne pas le rapporter ici : Un pythagoricien, dit-il, à la suite d’unlong voyage arriva dans une auberge où il tomba malade, et vit bientôt s’épuiserses dernières ressources; l’aubergiste, touché de pitié, ne lui en prodigua pasmoins tous les soins que réclamaient son état: mais ce fut en vain. Au momentde mourir le malade inscrivit des signes sur une tablette (ypd'j/ai ti aupSoXov IvTuvaxi) qu’il recommanda à son hôte de suspendre, dès qu’il serait mort, à laporte de sa maison. « Observe, ajouta-t-il, si elle fixe l’attention de quelque pas-« sant, car dans ce cas toutes tes dépenses te seront remboursées, et tu recevras la«juste récompense de tes bons offices. » Le pythagoricien meurt; l’aubergistelui rend les derniers devoirs, et, plutôt pour satisfaire les dernières volontésd’un mourant que dans l’espérance de voir se réaliser les promesses qui lui ontété faites, il expose la tablette en publie. Longtemps après un homme s’ar-rête devant l’hôtellerie, prend connaissance des caractères tracés sur laplanche et instruit de tout ce qui s était passé, paye largement l’hospitalité
donnée à l’un des membres de sa secte-Cf. Aug. Bern. Krisehe de Societatis
a Pythagora comlitœ scopopolitico. Gœttingæ, i83o, j°, p. 43 et 44.
25 Plut, de Genio Socr. t. VIII, p. 3o4 et suiv.; Iamblichus , F. Pyth., § 24g;Porphyr. , § 55. Tout porte à croire que les persécutions auxquelles les pythago-riciens furent en butte, dans la grande Grèce, après la mort de leur maître, nese bornèrent pas à la révolution de Crotone , mais se continuèrent encore pen-dant longues années. Voyez M. Krisehe, loc. cit., p. 100 ad fin. Une sectequi, dès son début, a jeté d’aussi profondes racines, reste longtemps vivace.Probablement les historiens de l’hétairie pythagoricienne venus longtempsaprès son expulsion de l’Italie , ont, pour ajouter de l’intérêt à leur récit <concentré sur l’époque la plus importante toutes les circonstances des différentespersécutions, sans s’inquiéter des difficultés chronologiques qui en résulteraient.Voilà comment, dans Iamblichus et dans Plutarque , Lysis est le contemporainde Pythagore, tandis qu’il est né dans l’Ol . XCII (vers 412 ans av. J. C.), c’est-à-dire 85 ans après la mort du philosophe de Samos , en adoptant la date d’Eu-sèbe. Voyez Clinton, Faste Hellenici ad 01. LXX, 4- M. Krisehe (p. 98) s’éloignepeu de cette donnée et fixe la mort de Pythagore à l’Ol . LXIX. Cf. Bentlei,de Ætat. Pyth. dans ses Opusc. philog. Lipsiæ , 1781, p. 194 et suiv.
24 Diod . Sic. XVI, 2 ; Excerpta, t. II, p. 556, 79 ; Cor. Nepos, Epam., c. 2 ;Pans. IX, i3, 1; Ælian V. //.III, 17 ; Plut., de Genio Socr., t. VIII, p. 290, 304
sait ce dernier peuple aux Béotiens 32 , permettent de le penser.L’association est un des principes fondamentaux des différentesconstitutions doriennes. Il suffira de rappeler les tpiliTta de Sparte 33 ,imitation des âv^pefa ou av^pia de la Crète 34 ; la division des citoyensà Lacédémone en àyéXat 35 ou (3oüai 36 et tXai 3 7. Ce nom même detpiXêria donné au repas pris en commun, celui de xîétmç et de xaef-yvaToi que recevaient les membres de la même âyéXvi 38 , prouventsuffisamment, ce me semble, que l’amitié, et le dévouement qui doiten être la conséquence, étaient un des principaux devoirs imposésà ces associations. On peut croire que quelque institution semblableexistait à Lesbos , soit qu’elle y eût pris naissance avec la premièrelégislation, soit quelle y eût été fondée par suite d’une influenceextérieure. Mais comment choisir entre ces deux conjectures ? Lesvilles de Lesbos , depuis l’expulsion des tyrans, furent presque tou-jours divisées, et partagées entre les deux principaux peuples de laGrèce , qui y entretenaient des factions dans l’intérêt de leur poli-tique : ce fut peut-être dans ces temps malheureux, alors quele besoin d’unité devait se faire plus vivement seutir aux véritablesamis de leur pays, qu’une association ayant pour objet de rappro-cher les différents partis, dans le but généreux d’assurer l’indépen-dance de l’île, aura été formée par quelques citoyens initiés aux doc-trines de la société pythagoricienne. Pour ma part, je serais disposéà le croire, et je ne saurais m’empêcher de rappeler ici une circons-tance de la guerre du Péloponèse qui peut venir à l’appui de cetteopinion 3 9.
et suiv.; Porphyr., F. Pyth., loc. cit.; Iamblichus , F. Pyth., § 25o; Hieronym.contra Ruf. III, c. 10. Cf. Barthélemy, Foy. du jeune Anacharsis , ch. I et LXXV.
27 On sait que Pythagore faisait de l’amitié à toute épreuve et de la vie en com-mun (<ju[zêi'co<jiç) l’un des principaux devoirs de scs disciples. Twv piv oûv IluOa-yopefiov xoivîjv etvtu t/jV otWav Sisvaîjs, xat t/jV o u p 6 £<o a iv apa §ià trpiVTbç tou j(po'vouSiaTsXôîv. Iamblichus , op. cit. § 18, p. 172, Kiessling ; et dans un autre passageen parlant de Damon et de Pintliias : SuvéÇtov yàp ot avSpcç o&toi xal Ixoivtovouva7ràvTwv. § 3. Du reste, M. Krisehe, op. cit., p. 27 et suiv., a très-bien expliquéce qu’il fallait entendre par la communauté de biens attribuée aux disciplesde Pythagore .
28 Plut. F. de Pclop. c. 18 : c iïç Ixsïvo; 0, tou TOAepi'ou xei psvov aùxov sçocttcivpiXXovro;, îso'p evo; xal àvTiSoXôiv Six toü crrspvou Sietvat to “Orao;, sq>rj, pvj psvexpov 0 Ipwpsvo; opoiv xavà vwtou TETpwpsvov ata/uvOrj.
2S) Ss psToc T7jv pa/7jV Ipoptôv tou; vExpoù; 0 <I>ÎXt7nro; eut 7) xavà touto to ^wptovÈv tj> cruvETuyyavE xsïoOai tou; Tpiaxoaiou; IvaVTiou; (ZTr/jVTTjxÔTa; xat; aapüjcat; atiavTa;ev toi; trrsvoi;, o'ttXoi; xal pex’ àXXrjXwv dcvapiyvupÉvouç, 0aupdaavTa, xal ttuQo'jxevovw; 6 twv epaaTÔiv xal tojv IptopÉvojv outo; eÏï] Xo’yoç, Saxpuaai xal snreïv ’AttoXoivtoxaxôi; oi toutou; ti ttoieïv ?i ttcct^eiv uiay_pov uttovooüvte;!
3 ° Plut., F. Pelop.,c. 18.
3t Peut-être dans son livre sur les constitutions grecques.
32 Voyez Thuc. II, 2 ; VII, 57 ; VIII ,10; et ses commentateurs, notammentDuker, Goeller, Poppo et Arnold. Cf. Plehn, Lesb., p. 39.
33 Arist. Pol. II, 6, 21; 7, 3; Plut., F. Lycurg., c. 12, t. I, p. 184. Reiske ;Porphyr. , de Abstin., IV, p. 52, n sq. ed. Flor.; Plut. (Symp. VII, quæst. ix,t. VIII, p. 85i) dit positivement que ces repas étaient regardés comme ayantun but secret et aristocratique : Tà yàp 7rapà Kpr,alv ’AvSpsïa xaXoupsva, irapà Si27rapTiaTat; <I>iXiTta, pouXsuTvipttov datop^Ttov xal cuvsSpuov àpiUTOxpaTixtov Taijiv d'/jt'i.Cf. adv. Stoicos, t. X, p. 4o5. F. Phoc., c. 20, t. IV, p. 33o. — Sur les deux nomstpstSiTia et tpiXiTia, donnés à ces repas, voyez Plut., F. Lycurg., loc. cit.,Ilesychius, Suidas , Zeune sur Xénoph., de Rep. Lac. III, 6, les commen-tateurs de Denys d’Halicarnasse II, 23, et Gœttling sur Aristot., OEconom.
p. 190. Ce dernier défend avec raison la leçon çiXiTia-Cf. Meursius , Lacon. I,
9,10. Cragius, de Rep. Lac., p. 57. Manso, Sparta, 1.1, p. I, p. i56, et p. II,p. 188 ; Sturz, Lex. Xen. s. v. t. IV, p. 124 ; K. 0. Müller, Dor ., t. II, p. 277 etsuiv.; Wachsmuth, op. cit. II ,er Th., 2 le Abth., p. 23.; Hermann, Lehrbuch tlergr. Staatsaltcrth., 2 te Aufl. lleidelb., i836 , 8°, § 27, 7.
34 Arist., Polit. II, 7, 3 ; VII ,9,2; Atlien. IV, p. 143. A ; Plut., Fie de Lyc.,loc. cit.; Neumann, rerum Creticarum specimen. GcetliDgæ, 1820, 8°, p. 104 etsuiv. ; Ilœck, Creta, t. III, p. 120 et suiv.; K. O. Müller, Dor. t. II, p. 201 etsuiv.; Hermann , op. cit., § 21, 5 , p. 56, 5q.
35 Plut., Fie de Lycurgue, ch. 16, t. I, p. 198 et 199, et ch. 17, p. 200, ed.Reiske.
36 Hesycli. et l’Etym . Magn. aux mots fi ou a et Souayop. Cf. Cragius, de Rep.Lac., p. 162 et 31S ; Valek., ad Adoniaz., p. 274; K. O. Müller, Dor. t. II ,p. 128 et 3o2 ; Boeckh , Corpus Inscr. gr., t. I, p. 612. Hermann, op. cit., § 26
37 Xen., Rep. Lac. ,11,4, et la note de Haase sur II, 2.
38 Boeckh , loc. cit. Voyez t. II, p. 74 de cet ouvrage.
32 Thuc. VIII, 100.