Dans l’état de mutilation où nous est parvenu ce monument, ceserait une tentative hasarde'e que de chercher à le rétablir II fau-drait d’ailleurs une meilleure copie que celle qui m’a été remise.Tout ce qu’on peut conjecturer, c’est que nous avons sous les yeuxles débris d’une inscription en vers dont le mètre est assez difficileà déterminer. En effet, à en juger par le nombre des syllabes de ladeuxieme ligne, par la fin de la ligne 6, ccv^po; yfvsxat oao'<ppovoç,par les mots [Ae] g&'wv, ligne 8, o$7)po;, ligne i 5 , sip.a[p(/.]évov,ligne 18, x[x[soç, ligne 20, on pourrait s’attendre à trouver ici desvers ïambiques trimètres; mais, d’un autre côté, les mots [xojùç[ttï]ç iraxpt£[oçJ Tapdjj^ou;], ligne 3 , irpoç7i'[xYiç] ou irpofp^[xiç] ,ligne 5 , *&o[y]x[e] ou XeXoyJy^a], l*g ne J 4\ indiquent un mètredactylique. Peut-être faut-il admettre que les deux mètres alternaientcomme dans la XI e ode du livre des Epodes d’Horace et de plusieursépigrammes de l’Anthologie .
Quel était le sujet de cette inscription? des mots [Qjvîyei <ji£- 4 pou,ligne 2 , [xo]ù; vâ; iuaxp$[oç] xap [dpu;], ligne 3 , «ppt [oc] oc&, ligne 4 ,y.[x]o'o; , ligne 20, [Aejaéïwv, hg. 3 2 , on peut présumer que sur notremarbre était gravé l’éloge d’un Lesbien, qui, après avoir mis unterme aux troubles de sa patrie, avait rétabli l’ordre et par là s’étaitacquis des titres à la gloire et à la reconnaissance de ses concitoyens.
D’un autre côté, de la présence de ce monument à Délos , on peuttirer cette conséquence qu’il n’était pas funéraire, puisqu’on n’en-terrait pas dans cette île 3 . C’est un motif de plus pour croire que leLesbien en question appartenait à l’hétairie dont il a été fait men-tion plus haut, et c’est d’après cette considération que j’ai cru de-voir rapprocher ces deux inscriptions.
Il est fort à désirer qu’un estampage de la pierre nous soit envoyéd’Egine , car, en nous fournissant des éléments plus sûrs, cette nou-velle copie permettra peut-être d’admettre comme un fait certain etacquis à la science ce que nous 11e pouvons proposer ici que commeune vague conjecture.
4 -
Inscription gravée sur un tambour de colonne et copiée par
MM. Ravoisié et Poirot. (Voyez PI. 12, fig. III).
T0K0INANT0NNH 2 |o.TX 1 NArAOoSTPAToNP AVAPAToYEOAION
OllO 5 A 5 IYAHS AAI 1 APN A 55 EY 5EToE
Une seconde copie de ce monument, faite par M. lîlouet, n’offreque deux variantes qui toutes deux fournissent un moyen de corrigerla copie de MM. Ravoisié et Poirot : ligne 4 , PoAYAPATON,et ligne 8, EPOE.
Je crois pouvoir proposer la restitution suivante :
To xoiv[o]v TWV
V 7 j( 7 » 0 TWV
ÀyaGooxpaxov
Inscr. 3. — 1 Ce dernier mot pourrait aussi, à la rigueur, figurer dans unvers ïambique.
* Si l’on ajoute à ces mots oapov, ligne 10, vop.ifp.jov oiSs, ligne 11, àpuvo’-[pejvfoç], ligne 16, on aura, je crois, tout ce qu’il est possible de déchiffrer surla copie de M. Yirlet.
3 Tliuc. I, 8; III, 104. Cf. Dorville, Dissert, sur Délos in Mise, observ.,vol. VII, p. 21. Boeckh, Corp Inscr.gr., t. II, p. 247, n° 23 10.
Inscr. 4. — 1 « Nr]<n 5 kai sunt adjacentium insularum, maxime Cycladum,incolæ non soli Delii. » Boeckh, Corp. Inscr. gr., t. II, p. 280, n° 2273.
Tabules Heraclcenses passim. Ce monument que Mazocchi place avec vrai-semblance un peu plus de 3 oo ans avant J. C. ( Prodr. ad Heracl. pseph. , c. III,sect. II, p. i 34 ) offre partout le F comme signe d’aspiration, même devant desmots dont la première voyelle n’est pas aspirée sixari, Ktoç, ho ç, etc., et dansl’intérieur des mots composés.
noXuapdxou
[F] o&iov
[0s]o[î]ç [tcJizci.ïTyk ÀXify.Japvaooeù;
êTuoefyj.
La confédération des habitants des Cyclades 1 consacre cettestatue d’Jgathostrate fils de Polyaratus à tous les dieux pourobtenir une navigation favorable (?).
Cette statue est l’ouvrage d’Hylas d’Halicarnasse.
EOAION, ligne 5 , ne donne aucun sens, et il n’y a pointentre les deux premières lettres un espace suffisant pour lire è[v]o'£iovou s [ùjd^tov. On conçoit facilement que les copistes aient vu un E làoù il y avait un F, cette dernière lettre étant fort rare sur les mo-numents de cette époque, bien qu’elle ne soit pas sans exemple 2 .L’explication que je donne au mot ô^iov paraîtra probable, jel’espère , si l’on se rappelle le sens que le scoliaste d’Eschyle prête aux locutions o<ùov xpdroç 3 et opvtGsç o<W 4 ainsi que la glossed’IIésychius Ô&io; oiwvo; • aïuioç. Ainsi ôVùov comme èvo^tov équivau-drait à viaticum 5 . On sait d’ailleurs que Mercure et Hécate avaiententre autres surnoms celui d’ô&toç comme divinités protectrices desvoyageurs.
Mais comment se fait-il que pour être protégés dans leurs voya-ges, les habitants des Cyclades , par un acte officiel, publié aunom de leur confédération, consacrent aux dieux la statue d’Aga-thostrale? C’est que sans doute, indépendamment des services ren-dus par Agathostrate, ce monument remarquable par son execution,était une offrande précieuse. On est d’autant plus fonde à le croire,que le nom et la patrie du statuaire sont indiqués à la suite del’inscription gravée sur la base.
ŸXyi; est la forme ionienne du nom connu YXocç. Peut-être quel’artiste ainsi appelé, bien que né à Halicarnasse , ville de la Doride,était originaire d’une ville ionienne, et avait reçu suivant l’usage, lenom donné à son aïeul dans sa patrie primitive. Quoi qu’il en soit,ce nom doit être ajouté au catalogue des artistes grecs qu’a publiéM. Sillig, et que M. Raoul Rochette a si richement augmenté 6 .
Le début de notre inscription prouve que le statuaire Hylas abrillé postérieurement au règne d’Alexandre. En effet, une inscrip-tion de Délos , publiée dans le Corpus n° 2273, et consacrée àPtolomée Philadelphe, roi d’Égypte, désigne les habitants des Cyclades par le nom de v/isiwxai qu’ils reçoivent ici. Or nous savons par unpassage de Tliéocrite 7 , que les Cyclades étaient soumises à ce prince.On peut donc présumer que notre monument est de la même épo-que. La forme des O, des 0 et des £2 plus petits que les autres lettres,sans être une preuve suffisante 8 pour assigner une date précise, con-firme cependant jusqu’à un certain point cette conjecture.
C’est sans doute vers cette même époque qu’il faut placer l’ins-cription 2334 3 u Corpus , où se retrouve, lignes 10 et 11, la men-tion de la confédération des insulaires, to xoivov twv vtigiwtwv.M. Boeckh avait déjà conjecturé 9 qu’elle était antérieure à l’année167 av. J. C. : les rapprochements qui précèdent permettent désor-mais de l’affirmer et même de placer le monument dont il s’agitentre l’année 3 oi, où par suite de la victoire d’Ipsus, PtoloméeSoter dut rentrer en possession des Cyclades qu’il avait conquises en
’ Jgamemn., io 3 .
4 Ibid., i 52 .
5 Gl.’Evo'Siov, Viaticum.
6 Lettre à M. Schorn. Paris , i 832 . Extrait du Bulletin universel de M. de Fé-russac, cahiers de juin, juillet, août et septembre i 83 i, sect. VII.
7 Id. XVI, 88 : 2 r,p.afvei Auxi'ot; te cpiXo 7 rToXs'[zowt te Kdpst
Kal vdffotç Ku/.Xdosxcn.
Cf. Dorville, Mise. Observ., t. VII, p. I, p. 4 i- Polyb. IV, 34 , range aussi lesCyclades parmi les contrées qui étaient dans la dépendance de prédécesseursde Ptolémée Philopator .
8 Voyez plus haut, p. 25 .
9 T. II, p. 256 ,. b.