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Grandeur et décadence des Romains : politique des Romains; dialogue de Sylla et d'Eucrate; Lysimaque et Pensées; lettres persanes et temple de Gnide / par Montesquieu
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CHAPITRE X.

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CHAPITRE X.

De la corruption des Romains.

,Te crois que la secte d’Épicure, qui s’introduisit à Romesur la fin de la république, contribua beaucoup à gâter lecœur et l’esprit des Romains \ Les Grecs en avaient étéinfatués avant eux : aussi avaient-ils été plus tôt corrom-pus. Polybe nous dit que, de son temps, les serments nepouvaient donner de la confiance pour un Grec, au lieuqu’un Romain en était pour ainsi dire enchaîné \

cidents particuliers. Les rigueurs des créanciers sur leurs débiteurs ontexcité de grandes et de fréquentes révoltes. La prodigieuse quantité degladiateurs et d’esclaves dont Rome et l’Italie étaient surchargées acausé d’effroyables violences, et même des guerres sanglantes. Rome,épuisée par tant de guerres civiles et étrangères , se tit tant de nouveauxcitoyens, ou par brigue, ou par raison , qu’à peine pouvait-elle se re-connaître elle-même parmi tant d’étrangers qu’elle avait naturalisés. Lesénat se remplissait de barbares; le sang romain se mêlait; l’amour dela patrie, par lequel Rome s’était élevée au-dessus'de tous les peuples dumonde, n’était pas naturel à ces citoyens venus de dehors; et les autresse gâtaient par le mélange. Les partialités se multipliaient avec celteprodigieuse multiplicité de citoyens nouveaux ; et les esprils turbu-lents y trouvaient de nouveaux moyens de brouiller et d’entreprendre.

Cependant le nombre des pauvres s’augmentait sans lin par le luxe,par les débauches, et par la fainéantise qui s’introduisait. Ceux qui sevoyaient ruinés n’avaient de ressource que dans les séditions, et en toutcas se souciaient peu que tout périt avec eux : les grands ambitieux et lesmisérables qui n’ont rien à perdre aiment toujours le changement. Cesdeux genres de citoyens prévalaient dans Rome ; et l’état mitoyen, quiseul tient tout en balance dans les États populaires, étant le plus faible,il fallait que la république tombât. (Bossuet, Disc, sur VHist. univ.,troisième partie, ch. vil.)

1 Cynéas en ayant discouru à la table de Pyrrhus, Fabricius souhaitaque les ennemis de Rome pussent tous prendre les principes d’une pa-reille secte. (Plutarque , Fie de Pyrrhus.)

2 « Si vous prêtez aux Grecs un talent, avec dix promesses,dix caillions,« autant de témoins,il estimpossible qu’ils gardent leur foi;mais, parmi« les Romains, soit qu’on doive rendre compte des deniers publics ou« de ceux des particuliers, on est fidèle, à cause du serment que l’on a« fait. On a donc sagement établi la crainte des enfers ; et c’est sans rai*« son qu’ori la combat aujourd’hui. » (Polybe , îiv. VI. )