CHAPITRE X.
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laissaient pas d’avoir des bornes, produisirent un luxe etdes profusions qui n’en avaient point 1 . Ceux qui avaientd’abord été corrompus par leurs richesses le furent ensuitepar leur pauvreté. Avec des biens au-dessus d’une con-dition privée, il fut difficile d’être un bon citoyen ; avec lesdésirs et les regrets d’une grande fortune ruinée, on futprêt à tous les attentats ; et, comme dit Sali liste 2 , on vitune génération de gens qui ne pouvaient avoir de patri-moine, ni souffrir que d’autres en eussent.
Cependant, quelle que fût la corruption de Rome, tousles malheurs ne s’y étaient pas introduits ; car la forcede son institution avait été telle qu’elle avait conservéune valeur héroïque, et toute son application à la guerre,au milieu des richesses, de la mollesse et de la volupté ; cequi n’est, je crois, arrivé à aucune nation du monde.
Les citoyens romains regardaient le commerce 3 et lesarts comme des occupations d’esclaves 4 : ils ne les exer-çaient point. S’il y eut quelques exceptions, ce ne fut quede la part de quelques affranchis qui continuaient leurpremière industrie ; mais en général ils ne connaissaientque l’art de la guerre, qui était la seule voie pour aller auxmagistratures et aux honneurs 5 . Ainsi les vertus guerriè-res restèrent, après qu’on eut perdu toutes les autres.
1 La maison que Cornélie avait achetée soixante et quinze mille drach-mes, Lucullus Tacheta, peu de temps après, deux millions cinq centmille. (Plutarque, Vie de Marins.)
2 VI merito dicatur genitos esse, qui nec ipsi habere possent resfami-liares, nec alios pati. (Fragment de VHistoire de Salluste, tiré du livrede la Cité de Dieu, liv. Il, chap. xvm.)
3 Romulus ne permit que deux sortes d’exercices aux gens libres, l’a-griculture et la guerre. Les marchands, les ouvriers, ceux qui tenaientune maison à louage, les cabaretiers, n’élaient pas du nombre des ci-toyens. (Denys ü’Halicarnasse , liv. II; idem, liv. IX.)
4 Cicéron en donne les raisons dans ses Offices , liv. III.
5 II fallait avoir servi dix années, entre l’âge de seize ans et celui dequarante-sept. Voyez Polybe, liv. VI.