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Grandeur et décadence des Romains : politique des Romains; dialogue de Sylla et d'Eucrate; Lysimaque et Pensées; lettres persanes et temple de Gnide / par Montesquieu
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GRANDEUR ET DÉCADENCE DES ROMAINS,

CHAPITRE XI.

De Sylla. — De Pompée et César.

Je supplie qu’on me permette de détourner les yeuxdes horreurs des guerres de Marius et de Sylla : on entrouvera dans Appieu l’épouvantable histoire. Outre lajalousie, l'ambition et la cruauté des deux chefs, chaqueRomain était furieux ; les nouveaux citoyens et les an-ciens ne se regardaient plus comme les membres d’unemême république ', et l'on se faisait une guerre qui, parun caractère particulier, était en même temps civile etétrangère.

Sylla fit des lois très-propres à ôter la cause des désor-dres que l’on avait vus : elles augmentaient l’autorité dusénat, tempéraient le pouvoir du peuple, réglaient celuides tribuns. La fantaisie qui lui fit quitter la dictaturesembla rendre la vie à la république; mais, dans la fureurde ses succès, il avait fait des choses qui mirent Romedans l’impossibilité de conserver sa liberté.

Il ruina, dans son expédition d’Asie, toute la disciplinemilitaire; il accoutuma son armée aux rapines % et luidonna des besoins qu’elle n’avait jamais eus ; il corrompitune fois des soldats, qui devaient dans la suite corrompreles capitaines.

* Comme Marius, pour se faire donner la commission de la guerrecontre Milbridate, au préjudice de Sylla, avait par le secours du tribunSulpitius, répandu les huit nouvelles tribus des peuples d’Italie dans lesanciennes, ce gui rendait les Italiens maîtres des suffrages, ils étaientla plupart du parti de Marius, pendant que le sénat et les anciens ci-toyens étaient du parti de Sylla.

2 Voyez, dans la Conjuration de Catilina , le portrait que Sallustenous fait de cette armée.