CHAPITRE XI.
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Il entra dans Rome à main armée, et enseigna aux gé-néraux romains à violer l’asile de la liberté 1 .
Il donna les terres des citoyens aux soldats 2 , et il lesrendit avides pour jamais 3 ; car, dès ce moment, il n’yeut plus un homme de guerre qui n’attendît une occasionqui pût mettre les biens de ses concitoyens entre ses mains.
Il inventa les proscriptions, et mit à prix la tête deceux qui n’étaient pas de son parti. Dès lors il fut impossiblede s'attacher davantage à la république ; car, parmi deuxhommes ambitieux, et qui se disputaient la victoire, ceuxqui étaient neutres, et pour le parti de la liberté, étaientsûrs d’être proscrits par celui des deux qui serait vain-queur. Il était donc de la prudence de s’attacher à l’un desdeux.
Il vint après lui, dit Cicéron 4 , un homme qui, dansune cause impie et une victoire encore plus honteuse, neconfisqua pas seulement les biens des particuliers, maisenveloppa dans la même calamité des provinces entières.
Sylla, quittant la dictature, avait semblé ne vouloirvivre que sous la protection de ses lois mêmes ; mais cetteaction, qui marqua tant de modération, était elle-mêmeune suite de ses violences. Il avait donné des établisse-ments à quarante-sept légions dans divers endroits de l’I-talie. Ces gens-là, dit Appien, regardant leur fortune
1 Fugatis Marii copiis, primns urbem Romam cum armis ingressusest.. (Fragment de Jean d’Antioche, dans l’Extrait des vertus et desvices.)
5 On distribua bien au commencement une parlie des terres des enne-mis vaincus; mais Sylla donnait les terres des citoyens.
3 [Les confiscations, même en enrichissant des complices, n’en fontque des mécontents et des ingrats. Les troubles et le désordre de l’Étatcommencent à leur paraître insupportables dès qu’ils commencent à yposséder quelque chose ; et l’autorité qu’on ne leur accorde pas tout en-tière, ils la regardent comme usurpée par les autres. ( Vavocat généralServàn.)]
4 O/Jices, liv. Il, ch. vm.