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Grandeur et décadence des Romains : politique des Romains; dialogue de Sylla et d'Eucrate; Lysimaque et Pensées; lettres persanes et temple de Gnide / par Montesquieu
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88 GRANDEUR ET DÉCADENCE DES ROMAINS,

geance céleste qui punissait les meurtriers de César, etproscrivait leur cause.

Octave gagna les soldats deLépidus , et le dépouilla dela puissance du triumvirat : il lui envia même la consola-tion de mener une vie obscure, et le força de se trouver,comme homme privé, dans les assemblées du peuple.

On est bien aise de voir l’humiliation de ce Lépidus. C’é-tait le plus méchant citoyen qui fût dans la république,toujours le premier à commencer les troubles, formantsans cesse des projets funestes, où i'1 était obligé d’asso-cier de plus habiles gens quelui. Un auteurmoderne 1 s’estplu à en faire l’éloge, et cite Antoine, qui, dans une deses lettres, lui donne la qualité d’honnête homme; maisun honnête homme pour Antoine ne devait guère l’êtrepour les autres.

Je crois qu’Octave est le seul de tous les capitaines ro-mains qui ait gagné l’affection des soldats en leur donnantsaus cesse des marques d’une lâcheté naturelle. Dans eestemps-là, les soldats faisaient plus de casde la libéralité deleur général que de son courage. Peut-être même que cefut un bonheur pour lui de n’avoir point eu cette valeurqui peut donner l’empire, et que cela même l’y porta : onle craignit moins. Il n’est pas impossible que les chosesqui le déshonorèrent le plus aient été celles qui le servirentle mieux. S’il avait d’abord montré une grande âme, toutle monde se serait méfié de lui ; et, s’il eût en de la har-diesse , il n’aurait pas donné à Antoine le temps de fairetoutes les extravagances qui le perdirent.

Antoine, se préparant contre Octave, jura à ses soldatsque deux mois après sa victoire il rétablirait la républi-que : ce qui fait bien voir que les soldats mêmes étaient

1 L’abbé de Saiut-Réal.