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Grandeur et décadence des Romains : politique des Romains; dialogue de Sylla et d'Eucrate; Lysimaque et Pensées; lettres persanes et temple de Gnide / par Montesquieu
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CHAPITRE XIH.

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jaloux de la liberté de leur patrie, quoiqu'ils la détrui-sissent sans cesse, n’y ayant rien de si aveugle qu’unearmée.

La bataille d’Actium se donna ; Cléopâtre fuit, et en-traîna Antoine avec elle. Il est certain que dans la suiteelle le trahit b Peut-être que, par cet esprit de coquetterieinconcevable des femmes , elle avait formé le dessein demettre encore à ses pieds un troisième maître du monde.

Une femme à qui Antoine avait sacrifié le monde entierle trahit ; tant de capitaines et tant de rois, qu’il avaitagrandis ou faits, lui manquèrent; et, comme si la géné-rosité avait été liée à la servitude, une troupe de gladia-teurs lui conserva une fidélité héroïque. Comblez un hommede bienfaits, la première idée que vous lui inspirez, c’estde chercher les moyens de les conserver : ce sont de nou-veaux intérêts que vous lui donnez à défendre.

Ce qu’il y a de surprenant dans ces guerres, c’est qu’unebataille décidait presque toujours l’affaire, et qu’une dé-faite ne se réparait pas.

Les soldats romains n’avaient point proprement d’espritde parti, ils ne combattaient point pour une certainechose, mais pour une certaine personne : ils ne connais-saient que leur chef, qui les engageait par des espérancesimmenses ; mais le chef battu n’étant plus en état de rem-plir ses promesses, ils se tournaient d’un autre côté. Lesprovinces n’entraient point non plus sincèrement dans laquerelle, car il leur importait fort peu qui eût le dessus,.du sénat ou du peuple. Ainsi, sitôt qu’un des chefs étaitbattu, elles se donnaient à l’autre 2 ; car il fallait que cha-

1 Voyez Dion, liv. LI.

3 II n’y avail point de garnisons dans les villes pour les contenir; etles Romains n’avaient eu besoin d’assurer leur empire que par des ar-mées ou des colonies.

s.