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Grandeur et décadence des Romains : politique des Romains; dialogue de Sylla et d'Eucrate; Lysimaque et Pensées; lettres persanes et temple de Gnide / par Montesquieu
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CHAPITRE XV.

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tant de grandes actions, tant de triomphes, tant de poli-tique , de sagesse, de prudence, de constance, de cou-rage, ce projet d’envahir tout, si bien formé, si bien sou-tenu , si bien fini, à quoi aboutit-il qu’à assouvir le bon-heur de cinq ou six monstres? Quoi! ce sénat n’avait faitévanouir tant de rois que pour tomber lui-même dans leplus bas esclavage de quelques-uns de ses plus indignes ci-toyens, et s’exterminer par ses propres arrêts ! on n’élèvedonc sa puissance que pour la voir mieux renversée ! leshommes ne travaillent à augmenter leur pouvoir que poul-ie voir tomber contre eux-mêmes dans de plus heureusesmains !

Caligula ayant été tué, le sénat s’assembla pour éta-blir une forme de gouvernement. Dans le temps qu’il dé-libérait, quelques soldats entrèrent dans le palais pourpiller ; ils trouvèrent, dans un lieu obscur, un hommetremblantde peur; c’était Claude : ils le saluèrent empereur.

Claude acheva de perdre les anciens ordres, en donnantà ses officiers le droit de rendre la justice 1 . Les guerresde Marius et de Sylla ne se faisaient principalement quepour savoir qui aurait ce droit, des sénateurs ou des che-valiers 2 ; une fantaisie d’un imbécile l’ôta aux uns etaux autres : étrange succès d’une dispute qui avait misen combustion tout l’univers !

Il n’y a point d’autorité plus absolue que celle du princequi succède à la république ; car il se trouve avoir toutela puissance du peuple, qui n’avait pu se limiter lui-même.

1 Auguste avait établies procurateurs, mais ils n’avaient point dejuridiction : et quand on ne leur obéissait pas, il fallait qu’ils recourus-sent à l’autorité du gouverneur de la province ou du préteur. Mais,sous Claude, ils eurent la juridiction ordinaire, comme lieutenants de laprovince; ils jugèrent encore des affaires iiscales : ce qui mit les for-tunes de tout le monde entre leurs mains.

2 Yoyez Tacite, Annales , liv. XII, ch. liv