106 GRANDEUR ET DÉCADENCE DES ROMAINS,
Aussi voyons-nous aujourd’hui les rois de Daneraarckexercer le pouvoir le plus arbitraire qu’il y ait en Europe.
Le peuple ne fut pas moins avili que le sénat et les che-valiers. Nous avons vu que, jusqu’au temps des empe-reurs, il avait été si belliqueux, que les armées qu’on levaitdans la ville se disciplinaient sur-le-champ, et allaientdroit à l’ennemi. Dans les guerres civiles de Vitellius etde Vespasien, Rome, en proie à tous les ambitieux, etpleine de bourgeois timides, tremblait devant la premièrebande de soldats qui pouvait s’en approcher.
La condition des empereurs n’était pas meilleure :comme ce n’était pas une seule armée qui eût le droit ou lahardiesse d’en élire un, c’était assez que quelqu’un fûtélu par une armée pour devenir désagréable aux autres,qui lui nommaient d’abord un compétiteur.
Ainsi, comme la grandeur de la république fut fataleau gouvernement républicain, la grandeur de l’empire lefut à la vie des empereurs. S’ils n’avaient eu qu’un paysmédiocre à défendre, ils n’auraient eu qu’une principalearmée, qui, les ayant une fois élus, aurait respecté l’ou-vrage de ses mains.
Les soldats avaient été attachés à la famille de César,qui était garante de tous les avantages que leur avait pro-curés la révolution. Le temps vint que les grandes famil-les de Rome furent toutes exterminées par celle de César,et que celle de César, dans la personne de Néron, péritelle-même. La puissance civile, qu’on avait sans cesseabattue, se trouva hors d’état de contre-balancer la mi-litaire ; chaque armée voulut faire un empereur.
Comparons ici les temps. Lorsque Tibère commença àrégner, quel parti ne tira-t-il pas du sénat 1 ? Il apprit que
1 TiCiTE, Annales, liv. I.