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Grandeur et décadence des Romains : politique des Romains; dialogue de Sylla et d'Eucrate; Lysimaque et Pensées; lettres persanes et temple de Gnide / par Montesquieu
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118 GRANDEUR ET DÉCADENCE DES ROMAINS,

Cela fit que sa mémoire ne fut pas flétrie, et que, le sé-nat n’osant pas le juger, il ne fut pas mis au rang destyrans, comme Commode, qui 11e le méritait pas plusque lui 1 .

De deux grands empereurs ,■ Adrien et Sévère 2 , l’unétablit la discipline militaire, et l’autre la relâcha. Leseffets répondirent très-bien aux causes. Les règnes quisuivirent celui d’Adrien furent heureux et tranquilles ;après Sévère, 011 vit régner toutes les horreurs.

Les profusions de Caracalla envers les soldats avaientété immenses ; et il avait très-bien suivi le conseil que sonpère lui avait donné en mourant, d’enrichir les gens deguerre, et de ne s’embarrasser pas des autres.

Mais cette politique n’était guère bonne que pour unrègne; car le successeur, ne pouvant plus faire les mêmesdépenses, était d’abord massacré par l’armée : de façonqu’on voyait toujours les empereurs sages mis à mort parles soldats, et les méchants, par des conspirations, oudes arrêts du sénat.

Quand un tyran qui se livrait aux gens de guerre avaitlaissé les citoyens exposés à leurs violences et à leurs ra-pines, cela ne pouvait non plus durer qu’un règne; carles soldats, à force de détruire, allaient jusqu’à s’ôter àeux-mêmes leur solde. Il fallait donc songer à rétablir ladiscipline militaire, entreprise qui coûtait toujours la vieà celui qui osait la tenter.

Quand Caracalla eut été tué par les embûches de Ma-crin , les soldats, désespérés d’avoir perdu un prince quidonnait sans mesure, élurent Eéliogabale 3 ; et quand ce

1 Æuus Lampridius , in Fita Alex. Severi.

2 Yoy. P Abrégé de Xiphilin, Fie d'Adrien ;et Hérodien, Fie de Sévère.

3 Dans ce temps-là tout le monde se croyait bon pour parvenir à l’em-pire, Voyez Dion, liv. LXXIX.