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Grandeur et décadence des Romains : politique des Romains; dialogue de Sylla et d'Eucrate; Lysimaque et Pensées; lettres persanes et temple de Gnide / par Montesquieu
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CHAPITRE XVII.

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des dons si considérables ; de manière que la récompensene fut plus proportionnée au danger de faire une nouvelleélection.

D’ailleurs les préfets du prétoire, qui, pour le pouvoiret pour les fonctions, étaient à peu près comme les grandsvizirs de ces temps-là, et faisaient à leur gré massacrerles empereurs pour se mettre en leur place, furent fortabaissés par Constantin, qui neleur laissa que les fonctionsciviles, et en fit quatre au lieu de deux.

La vie des empereurs commença donc a être plus assu-rée; ils purent mourir dans leur lit, et cela sembla avoirun peu adouci leurs mœurs ; ils ne versèrent plus le sangavec tant de férocité. Mais, comme il fallait que ce pou-voir immense débordât quelque part, on vit un autregenre de tyrannie, mais plus sourde : ce ne furent plusdes massacres, mais des jugements iniques, des formesde justice qui semblaient n’éloigner la mort que pour flé-trir la vie; la cour fut gouvernée et gouverna par plus d’ar-tifices, par des arts plus exquis ,avec un plus grandsilence ;enfin, au lieu de cette hardiesse à concevoir une mauvaiseaction, et de cette impétuosité à la commettre, on ne vitplus régner que les vices des âmes faibles et des crimesréfléchis.

Il s’établit un nouveau genre de corruption. Les pre-miers empereurs aimaient les plaisirs ; ceux-ci, la mol-lesse : ils se montrèrent moins aux gens de guerre ; ilsfurent plus oisifs, plus livrés à leurs domestiques, plusattachés à leurs palais, et plus séparés de l’empire.

Le poison de la cour augmenta sa force à mesure qu’ilfut plus séparé : on ne dit rien, on insinua tout ; les gran-des réputations furent toutes attaquées, et les ministreset les officiers de guerre furent mis sans cesse à la discré-