128 GRANDEUR ET DÉCADENCE DES ROMAINS,
héroïques, rechassa les barbares 1 , et la terreur de son nomles contint tant qu’il vécut 2 .
La brièveté des règnes, des divers partis politiques, lesdifférentes religions, les sectes particulières de ces reli-gions , ont fait que le caractère des empereurs est venu ànous extrêmement défiguré. Je n’en donnerai que deuxexemples. Cet Alexandre, si lâche dans Hérodien, paraîtplein de courage dans Lampridius; ce Gratien, tant louépar les orthodoxes, Philostorgue le compare à Néron.
Valentinien sentit plus que personne la nécessité de l’an-cien plan ; il employa toute sa vie à fortifier les bords duRhin, à y faire des levées, y bâtir des châteaux, y placerdes troupes, leur donner le moyen d’y subsister. Mais ilarriva dans le monde un événement qui détermina Va-lens, son frère, à ouvrir le Danube, et eut d’effroyablessuites.
Dans le pays qui est entre les Palus-Méotides, lesmontagnes du Caucase et la mer Caspienne, il y avait plu-sieurs peuples qui étaient la plupart de la nation des Hunsou de celle des Alains ; leurs terres étaient extrêmementfertiles; ils aimaient la guerre et le brigandage ; ils étaientpresque toujours à cheval, ou sur leurs chariots, et er-raient dans le pays où ils étaient enfermés ; ils faisaientbien quelques ravages sur les frontières de Perse et d’Ar-ménie ; mais on gardait aisément les portes Caspiennes, etils pouvaient difficilement pénétrer dans la Perse par ail-leurs. Comme ils n’imaginaient point qu’il fût possible detraverser les Palus-Méotides 3 , ils ne connaissaient pas les
1 Ammiex Ma.rcem.is, liv. xvi, xxvii, xxvm.
2 Voyez le magnifique éloge qu’Ammien Marcellin fait de ce prince,liv. XXV ; voyez aussi les fragments de Y Histoire de Jean d* Antioche.
3 Procope, Histoire mêlée.