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Grandeur et décadence des Romains : politique des Romains; dialogue de Sylla et d'Eucrate; Lysimaque et Pensées; lettres persanes et temple de Gnide / par Montesquieu
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150 GRANDEUR ET DÉCADENCE DES ROMAINS,

Le peuple de Constantinople était de tout temps diviséen deux factions, celle des bleus et celle des verts : ellestiraient leur origine de l’affection que l’on prend dans lesthéâtres pour de certains acteurs plutôt que pour d’autres.Dans les jeux du cirque, les chariots dont les cochersétaient habillés de vert disputaient le prix à ceux qui étaienthabillés de bleu ; et chacun y prenait intérêt jusqu’à lafureur.

Ces deux factions, répandues dans toutes les villes del’empire, étaient plus ou moins furieuses, à proportionde la grandeur des villes, c’est-à-dire de l’oisiveté d’unegrande partie du peuple.

Mais les divisions, toujours nécessaires dans un gou-vernement républicain pour le maintenir, ne pouvaientêtre que fatales à celui des empereurs, parce qu’elles neproduisaient que le changement du souverain, et non lerétablissement des lois et la cessation des abus.

Justinien, qui favorisa les bleus, et refusa toute jus-tice aux verts 1 , aigrit les deux factions, et par conséquentles fortifia.

Elles allèrent jusqu’à anéantir l’autorité des magis-trats. Les bleus ne craignaient point les lois, parce quel’empereur les protégeait contre elles ; les verts cessèrentde les respecter, parce qu’elles ne pouvaient plus les dé-fendre 2 .

Tous les liens d’amitié, de parenté, de devoir, de re-connaissance, furent ôtés ; les familles s’entre-détruisirent;tout scélérat qui voulut faire un crime fut de la faction

' Celle maladie était ancienne. Suétone dit que Caligula, attaché à iafaction dés verts , haïssait le peuple parce qu’il applaudissait à l’autre.

2 Pour prendre une idée de l’esprit de ces temps-là, il faut voir Théo-pliane, qui rapporte une longue conversation qu’il y eut au théâtre en-tre tes verts et l’empereur.