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Grandeur et décadence des Romains : politique des Romains; dialogue de Sylla et d'Eucrate; Lysimaque et Pensées; lettres persanes et temple de Gnide / par Montesquieu
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152 GRANDEUR ET DÉCADENCE DES ROMAINS,

dans des circonstances qui rendaient son zèle entièrementindiscret.

Comme les anciens Romains fortifièrent leur empire eny laissant toute sorte de culte, dans la suite on le rédui-sit à rien, en coupant l’une après l’autre les sectes qui nedominaient pas.

Ces sectes étaient des nations entières. Les unes, aprèsqu’elles avaient été conquises par les Romains, avaientconservé leur ancienne religion : comme les samaritains etles juifs. Les autres s’étaient répandues dans un pays:comme les sectateurs de Montan dans la Phrygie; les ma-nichéens , les sabatiens, les ariens, dans d’autres pro-vinces ; outre qu’une grande partie des gens de la campa-gne étaient encore idolâtres, et entêtés d’une religion gros-sière comme eux-mêmes.

Justinien, qui détruisit ces sectes par l’épée ou par seslois, et qui, les obligeant à se révolter, s’obligea à les ex-terminer, rendit incultes plusieurs provinces. Il crut avoiraugmenté le nombre des fidèles : il n’avait fait que dimi-nuer celui des hommes.

Procope nous apprend que par la destruction des sama-ritains la Palestine devint déserte ; et ce qui rend ce faitsingulier, c’est qu’on affaiblit l’empire, par zèle pour lareligion, du côté par où, quelques règnes après, les Ara-bes pénétrèrent pour la détruire.

Ce qu’il y avait de désespérant, c’est que, pendant quel’empereur portait si loin l’intolérance, il ne convenait paslui-même avec l’impératrice sur les points les plus essen-tiels : il suivait le concile de Chalcédoine ; et l’impératricefavorisait ceux qui y étaient opposés, soit qu’ils fussent debonne foi, dit Évagre, soit qu’ils le fissent à dessein

1 Iiv. IV, chap. x.