154 GRANDEUR ET DÉCADENCE DES ROMAINS,
plus heureuse que les Romains : ils craignaient peu lespeuples du nord 1 , parce qu’une partie du mont Taurus,entre la mer Caspieune et le Pont-Euxin, les en séparait,et qu’ils gardaient un passage fort étroit, fermé par uneporte % qui était le seul endroit par où la cavalerie pouvaitpasser : partout ailleurs ces barbares étaient obligés dedescendre par des précipices, et de quitter leurs chevaux,qui faisaient toute leur force ; mais ils étaient encore ar-rêtés par l’Araxe, rivière profonde qui coule de l’ouest àl’est, et dont ou défendait aisément les passages 3 .
Déplus, les Perses étaient tranquilles du côté del’orient;au midi, ils étaient bornés par la mer. 11 leur était faciled’entretenir la division parmi les princes arabes, qui nesongeaient qu’à se piller les uns les autres. Ils n’avaientdonc proprement d’ennemis que les Romains. « Nous sa-ie vous, disait un ambassadeurde Hormisdas 4 , que les Ro-« mains sont occupés à plusieurs guerres, et ont à com-« battre contre presque toutes les nations ; ils savent au« contraire que nous n’avons de guerre que contre eux. »
Autant que les Romains avaient négligé l’art militaire,autant les Perses l’avaient-ils cultivé.
« Les Perses, disait Bélisaire à ses soldats, ne vous« surpassent point en courage ; ils n’ont sur vous que l’a-« vantage de la discipline. »
Ils prirent dans les négociations la même supérioritéque dans la guerre. Sous prétexte qu’ils tenaient une gar-nison aux portes Caspiennes, ils demandaient un tributaux Romains, comme si chaque peuple n’avait pas sesfrontières à garder ; ils se faisaient payer pour la paix,
1 Les Huns.
2 Les portes Caspiennes.
3 Procope, Guerre des Perses, tiv. I.
4 Ambassades de Ménandre.