156 GRANDEUR ET DÉCADENCE DES ROMAINS,
les paysans, par le peuple de Constantinople, par celuides autres villes.
La religion chrétienne étant devenue dominante dansl’empire, il s’éleva successivement plusieurs hérésies qu’ilfallut condamner. Ariusayant nié la divinité du Verbe;les Macédoniens, celle du Saint-Esprit; Nestorius, l’unitéde la personne de Jésus-Christ; Eutychès, ses deux na-tures ; les monothélites, ses deux volontés, il fallut as-sembler des conciles contre eux : mais les décisions n’enayant pas été d’abord universellement reçues, plusieursempereurs séduits revinrent aux erreurs condamnées. Etcomme il n’y a jamais eu de nation qui ait porté une hainesi violente aux hérétiques que les Grecs, qui se croyaientsouillés lorsqu’ils parlaient à un hérétique, ou habitaientavec lui, il arriva que plusieurs empereurs perdirent l’af-fection de leurs sujets ; et les peuples s’accoutumèrent àpenser que des princes si souvent rebelles à Dieu n’a-vaient pu être choisis par la Providence pour les gouver-ner.
Une certaine opiuiou, prise de cette idée qu’il ne fallaitpas répandre le sang des chrétiens, laquelle s’établit deplus en plus lorsque les mahométans eurent paru , fit queles crimes qui n’intéressaient pas directement la religionfurent faiblement punis : ou se contenta de crever les yeux,ou de couper le nez ou les cheveux, ou de mutiler dequelque manière ceux qui avaient excité quelque révolte,ou attenté à la personne du prince ' ; des actions pareillespurent se commettre sans danger, et même sans courage.
Un certain respect pour les ornements impériaux lit quel’on jeta d’abord les yeux sur ceux qui osèrent s’en revê-
1 Zénon contribua beaucoup à établir ce relâchement. Voyez Malchus,Histoire byzantine } dans VExtrait des ambassades .