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Grandeur et décadence des Romains : politique des Romains; dialogue de Sylla et d'Eucrate; Lysimaque et Pensées; lettres persanes et temple de Gnide / par Montesquieu
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POLITIQUE DES ROMAINS

et par ces mots il rendit heureux un présage qui avait parusi funeste.

Les Siciliens, s’étant embarqués pour faire quelque ex-pédition en Afrique, furent si épouvantés d’une éclipse desoleil, qu’ils étaient sur le point d’abandonner leur entre-prise \ mais le général leur représenta « qu’à la vérité cetteéclipse eût été de mauvais augure si elle eût paru avantleur embarquement, mais que, puisqu’elle n’avait paruqu’après, elle ne pouvait menacer que les Africains. »Par là il fit cesser leur frayeur, et trouva dans un sujet decrainte le moyen d’augmenter leur courage.

César fut averti plusieurs fois par les devins de ne pointpasser en Afrique avant l’hiver. Il ne les écouta pas, etprévint par là ses ennemis, qui, sans cette diligence, au-raient eu le temps de réunir leurs forces.

Crassus, pendant un sacrifice, ayant laissé tomber soncouteau des mains, on en prit un mauvais augure ; maisil rassura le peuple en lui disant : « Bon courage ! au moinsmon épée ne m’est jamais tombée des mains. »

Luculius étant près de donner bataille à Tigrane, onvint lui dire que c’était un jour malheureux. « Tant mieux,dit-il : nous le rendrons heureux par notre victoire. »Tarquin le Superbe, voulant établir des jeux en l’hon-neur de la déesse Mania, consulta l’oracle d’Apollon, quirépondit obscurément, et dit qu’il fallait sacrifier têtespour tètes, capitibus pro capitibus supplicandum. Ceprince, plus cruel encore que superstitieux, fit immolerdes enfants ; mais Junius Brutus changea ce sacrifice hor-rible ; car il le fit faire avec des têtes d’ail et de pavot, etpar là remplit ou éluda l’oracle '.

On coupait le nœud gordien quand on ne pouvait pas le1 Macrob., Saturnal. lib. I.