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POLITIQUE DES ROMAINS
Le même Scévola, au rapport de saint Augustin 1 , di-visait les dieux en trois classes : ceux qui avaient été éta-blis par les poètes ; ceux qui avaient été établis par lesphilosophes ; et ceux qui avaient été établis par les magis-trats , aprincipibus civitatis.
Ceux qui lisent l’histoire romaine, et qui sont un peuclairvoyants, trouvent à chaque pas des traits de la poli-tique dont nous parlons. Ainsi on voit Cicéron, qui,enparticulier et parmi ses amis, fait à chaque moment UDeconfession d’incrédulité 2 , parler en public avec un zèleextraordinaire contre l’impiété de Verrès. On voit un Clo-dius, qui avait insolemment profané les mystères de JaBonne Déesse, et dont l’impiété avait été marquée parvingt arrêts du sénat, faire lui-même une harangue rem-plie de zèle à ce sénat qui l’avait foudroyé, contre le méprisdes pratiques anciennes et de la religion. On voit un Sal-luste, le plus corrompu de tous les citoyens, mettre à latête de ses ouvrages une préface digne de la gravité et del’austérité de Caton. Je n’aurais jamais fait, si je voulaisépuiser tous les exemples.
Quoique les magistrats ne donnassent pas dans la reli-gion du peuple, il ne faut pas croire qu’ils n’en eussentpoint. M. Cudworth a fort bien prouvé que ceux quiétaient éclairés parmi les païens adoraient une divinité su-prême , dont les divinités du peuple n’étaient qu’une parti-cipation. Les païens, très-peu scrupuleux dans le culte,croyaient qu’il était indifférent d’adorer la divinité même,ou les manifestations de la divinité ; d’adorer par exemple,dans Vénus, la puissance passive de la nature, ou la di-vinité suprême, en tant qu’elle est susceptible de toute
' De Civit. Dei, lib. IV, cap. xxxx.
2 « Adeotie me delimre censés ut h ta c-redam ? »