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PENSÉES DIVERSES.
PENSÉES DIVERSES 1 .
Mon fils, vous êtes assez heureux pour n’avoir ni àrougir ni à vous enorgueillir de votre naissance : la mienneest tellement proportionnée à ma fortune, que je seraisfâché que l’une ou l’autre fussent plus grandes.
Tous serez homme de robe ou d’épée. Gomme vous de-vez rendre compte de votre état, c’est à vous de le choi-sir : dans la robe vous trouverez plus d’indépendance,dans le parti de l’épée, de plus grandes espérances.
Il vous est permis de souhaiter de monter à des postesplus éminents , parce qu’il est permis à chaque citoyen desouhaiter d’être en état de rendre de plus grands servicesà sa patrie : d’ailleurs une noble ambition est un sentimentutile à la société, lorsqu’il se dirige bien. Comme le mondephysique ne subsiste que parce que chaque partie de lamatière tend à s’éloigner du centre, aussi le monde po-litique se soutient-il par le désir intérieur et inquiet quechacun a de sortir du lieu où il est placé. C’est en vainqu’une morale austère veut effacer les traits que le plusgrand des ouvriers a gravés dans nos âmes : c’est à lamorale qui veut travailler sur le cœur de l’homme à ré-gler ses sentiments, et non pasà les détruire. Nos auteurs
1 II ne faut pas confondre ces Pensées avec un petit extrait intituléle Génie de Montesquieu , qui parut en 1758. Ce grand homme écrivaitle soir ses observations de tous les jours; ces pensées solitaires étaientle premier jet de l’esprit, elles ont la sève de l’originalité. Ces anneauxpréparés pour une grande chaîne, quoique détachés, sont des anneauxd’or. On ne peut lire sans attendrissement ces entretiens muets avec sonfils : ces pensées étaient une espèce de legs paternel ; il a son prix auxyeux des hommes sensibles et éclairés. ( Note des éditeurs des Œuvresposthumes de Montesquieu , Paris, I798,in-I2. )