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Grandeur et décadence des Romains : politique des Romains; dialogue de Sylla et d'Eucrate; Lysimaque et Pensées; lettres persanes et temple de Gnide / par Montesquieu
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m PENSÉES DIVERSES.

que cela me donnait, que pour l’idée de devenir plusriche.

En entrant dans le monde, on m’annonça comme unhomme d’esprit, et je reçus un accueil assez favorable desgens en place : mais lorsque par le succès des Lettres per-sanes j’eus peut-être prouvé que j’en avais, et que j’eusobtenu quelque estime de la part du public, celle des gensen place se refroidit; j’essuyai mille dégoûts. Comptezqu’intérieurement blessés de la réputation d’un hommecélèbre, c’est pour s’en venger qu’ils l’humilient, et qu’ilfaut soi-même mériter beaucoup d’éloges pour supporterpatiemment l’éloge d’autrui.

Je ne sache pas encore avoir dépensé quatre louis parair, ni fait une visite par intérêt. Dans ce que j’entrepre-nais, je n’employais que la prudence commune, et j’a-gissais moins pour ne. pas manquer les affaires que pourne pas manquer aux affaires.

Je ne me consolerais point de n’avoir pas fait fortune,si j’étais né en Angleterre; je ne suis point fâché de nel’avoir pas faite en France.

J’avoue que j’ai trop de vanité pour souhaiter que mesenfants fassent un jour une grande fortune : ce ne seraitqu’à force de raison qu’ils pourraient soutenir l’idée demoi ; ils auraient besoin de toute leur vertu pour m’a-vouer, ils regarderaient mon tombeau comme le monu-ment de leur honte. Je puis croire qu’ils ne le détruiraientpas de leurs propres mains ; mais ils ne le relèveraient passans doute, s’il était à terre. Je serais l’achoppement éter-nel de la flatterie, et je les mettrais dans l’embarras vingtfois par jour; ma mémoire serait incommode, et monombre malheureuse tourmenterait sans cesse les vivants.

La timidité a été le fléau de toute ma vie ; elle semblait